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Actualités - Chronologie

Quand le festival se sabordait


PARIS, 13 Mai (Reuter). – Cette année-là, le festival de Cannes se clôt six jours avant la date prévue, sans palmarès, non pas victime d’une désaffection générale mais des bouleversements qui secouent la capitale en ce mois de mai 1968.
Le XXIe festival s’ouvre le 10 mai et la presse souligne à l’envi qu’il a atteint l’âge de raison (la majorité étant alors de 21 ans). Le même jour l’actualité est chargée à Paris. Américains et Nord-Vietnamiens, qui se combattent depuis trois ans, ont une première entrevue «technique». Mais c’est la nuit des barricades au Quartier latin qui aura raison du festival.
A Cannes, «Autant en emporte le vent», projeté pour la première fois en 70mm, fait l’ouverture. «C’était pour eux (la nouvelle génération de cinéphiles) le fabuleux squelette reconstitué par Cuvier», ironise Jean-Louis Bory, critique au «Nouvel Observateur».
«Il semble donc que l’on doive trouver un peu de tout dans ce XXIe festival, remarque le critique du «Figaro». Toutefois, si le XXIe festival s’annonce calme, si aucun scandale n’est à prévoir, la qualité des films présentés semble être égale, la jeunesse, pour la première fois, trône ici en vraie vedette».
On ne saurait être à la fois plus clairvoyant et plus aveugle. En elle-même, la sélection de 1968 n’était pas a priori une des plus brillantes. Milos Forman représente un cinéma tchécoslovaque en pleine floraison, avant d’être écrasé trois mois plus tard. «Au feu, les pompiers» est une comédie qui lui vaudra des critiques mitigées.
Le Hongrois Miklos Jancso, avec «Rouges et Blancs», témoigne lui aussi d’un cinéma de l’Est riche et inventif. En revanche, l’U.R.S.S. n’envoie qu’une œuvre académique, un énième «remake» d’«Anna Karénine».

Paternaliste et bien-pensant

Alain Resnais représente la France avec «Je t’aime, je t’aime», de même qu’«Histoires extraordinaires», film à Sketches tiré des contes d’Edgar Poe, réalisé par Roger Vadim, Louis Malle et Federico Fellini.
Valerio Zurlini, dont le «Journal intime» reçut le Lion d’or à Venise en 1962, est la plus grosse déception du festival avec «Assis à ta droite».
L’impression première se confirme au fur et à mesure des jours qui passent et le festival baigne dans la morosité, d’autant que le temps vire au maussade. Henry Chapier, qui écrit à «Combat», fustige un «climat paternaliste et bien-pensant». La Semaine de la critique «a offert les seuls moments intéressants qu’on ait vécu jusqu’à présent», écrit-il. Et de saluer «La Chute des feuilles», du cinéaste géorgien Otar Iosseliani.
Compte tenu des événements parisiens, l’Association française de la critique de cinéma et de télévision demande la suspension du festival le 13 mai.
Ce n’est pas du goût du délégué général Robert Favre Le Bret. «Il (le festival) n’a jamais été et ne peut être une tribune», affirme-t-il. Le festival fera pourtant relâche de facto ce jour-là. Des étudiants descendus de Nice feront un sit-in paisible devant le palais des festivals.
Le festival se poursuit sans entrain jusqu’à la journée chaude du 18 mai qui verra la démission de trois membres du jury (Louis Malle, Roman Polanski, Monica Vitti). Une délégation des états généraux du cinéma, créés la veille à Paris, est descendue à Cannes le matin et a investi le palais. Elle comprend Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jean-Gabriel Albicocco, Claude Berri, Claude Lelouch, Louis Malle.

Arrivée de la Quinzaine

Le réalisateur d’«A bout de souffle» et celui des «Quatre cents coups» ont été, trois mois auparavant, à la pointe du combat visant à réinstaller à la tête de la Cinémathèque Henri Langlois, «saqué» par son ministre de tutelle.
Les protestataires, réunis sous la bannière d’un comité de défense de la Cinémathèque, réclament l’arrêt immédiat du festival par solidarité avec les étudiants et les ouvriers en grève. Pour témoigner de leur détermination, certains d’entre eux, dont Jean-Luc Godard, s’accrocheront aux rideaux de la grande salle du palais afin d’empêcher la projection de «Peppermint frappé», de Carlos Saura.
Le lendemain, à midi, le festival est déclaré clos, en dépit des protestations des producteurs. Les organisateurs du festival doivent tant bien que mal affréter des autocars pour évacuer les délégations étrangères et remonter les journalistes à Paris.
Une conséquence directe de ces événements sera la création, en juin, de la Société des réalisateurs de films (SRF) et, pour le festival de Cannes, l’arrivée l’année suivante d’une nouvelle section parallèle, la Quinzaine des réalisateurs.
PARIS, 13 Mai (Reuter). – Cette année-là, le festival de Cannes se clôt six jours avant la date prévue, sans palmarès, non pas victime d’une désaffection générale mais des bouleversements qui secouent la capitale en ce mois de mai 1968.Le XXIe festival s’ouvre le 10 mai et la presse souligne à l’envi qu’il a atteint l’âge de raison (la majorité étant alors de 21 ans). Le même jour l’actualité est chargée à Paris. Américains et Nord-Vietnamiens, qui se combattent depuis trois ans, ont une première entrevue «technique». Mais c’est la nuit des barricades au Quartier latin qui aura raison du festival.A Cannes, «Autant en emporte le vent», projeté pour la première fois en 70mm, fait l’ouverture. «C’était pour eux (la nouvelle génération de cinéphiles) le fabuleux squelette reconstitué par...