Annoncé depuis quelques années, pressenti en 1996 avec trois succès, le redressement de l’écurie la plus prestigieuse du sport automobile se confirme.
Grâce à la première place de Schumacher en principauté et la troisième de son coéquipier Eddie Irvine, la marque au cheval cabré, servie par la déroute des Williams, retrouve un rang digne de son glorieux passé.
L’Allemand passe en tête du classement des pilotes avec quatre points d’avance sur Jacques Villeneuve tandis que la firme de Maranello souffle la première place de celui des constructeurs à sa rivale de Didcot.
«On est devant dans les deux classements, c’est vrai, mais il reste encore 12 courses», a souligné Schumacher, qui ne s’emballe que fort rarement. «La malchance des Williams ici (à Monaco) explique en grande partie cette situation. Je pense que nous seront bientôt en mesure de les concurrencer mais il reste du travail à faire sur la voiture».
Les performances de Schumacher, déjà auteur de deux deuxièmes places en Australie et en Argentine, et surtout celles d’Irvine, qui vient de décrocher trois podiums d’affilée sans être considéré comme l’un des tout meilleurs pilotes du plateau, accréditent pourtant la thèse d’un véritable renouveau.
Les millions investis depuis plusieurs saisons pour s’attirer tout ce qui brille en F1 dans les domaines les plus variés, de la conception de la voiture à la gestion des hommes, commencent à porter leurs fruits.
La voiture est bien née, elle est fiable et elle progresse. L’ère d’un moteur superbe prisonnier d’un châssis mal fichu et fragile semble enfin révolue.
Objectif inchangé
Quant à Michael Schumacher, il est en passe de réussir le formidable pari qu’il avait tenté il y a deux ans en quittant une Benetton qui venait de lui offrir deux titres de champion du monde pour rejoindre la Scuderia.
L’Allemand, sans conteste le meilleur pilote du moment, comme en atteste son récital sur le tourniquet monégasque, devrait être l’homme à battre lors des prochaines courses.
Désormais troisième du classement des pilotes, Irvine se découvre lui aussi de l’ambition.
«Cette place me plaît, je veux la garder», a-t-il dit. «La voiture était fantastique aujourd’hui (dimanche), surtout les freins. Et puis, elle doit être solide avec tous les coups qu’elle a reçus des autres voitures».
Pas question cependant, dans le camp Ferrari, d’annoncer avec fracas le retour de la légende.
«L’objectif reste le même qu’au début de la saison, à savoir d’obtenir une victoire de plus que l’an dernier, donc quatre», répète Jean Todt. «Pour le titre, on verra l’année prochaine».
Il était pourtant ivre de bonheur, le directeur sportif de Ferrari, après l’arrivée du Grand Prix de Monaco. «Michael qui gagne après une course remarquable et Eddie qui remonte de la 15e à la troisième place, c’est un rêve, c’est magnifique», disait-il.
Mais, bien vite, il retrouva son sens de la mesure: «Il nous reste encore beaucoup de chemin à faire. Nous allons faire des tests à Barcelone la semaine prochaine pour préparer le prochain Grand Prix».
L’excès d’enthousiasme a trop nui à Ferrari de par le passé pour que Jean Todt s’enflamme et, de toute façon, ce n’est pas son style.
«Dans ce sport, on peut être des héros un jour et plus personne le lendemain», a-t-il dit. «Ce n’est pas ce que nous voulons. Nous travaillons sur la durée et nous avons encore beaucoup de travail devant nous».

