Ce gros bourg agricole de Castille-La Manche (centre) possède une collection unique au monde: plus de 200 éditions du roman de Cervantes dans 38 langues, parmi lesquelles le persan avec un exemplaire signé du Chah d’Iran.
«Le Don Quichotte est le livre le plus traduit au monde après la Bible», assure Natividad Martinez, maire d’El Toboso, professeur de littérature au collège Cervantes et grande admiratrice de l’œuvre: «C’est un livre qui fait rire les enfants, rêver les jeunes gens et pleurer les anciens».
C’est un de ses prédécesseurs, Jaime Martinez, qui a commencé à réunir ce fonds bibliographique dans les années vingt. Son ambition consistait alors à faire d’El Toboso un centre culturel international à la gloire de Cervantes et ses personnages.
Le projet, qui prévoyait même la construction d’un aéroport au cœur de la Manche, ne verra jamais le jour, mais les livres, eux, arriveront bien. La collecte se poursuit d’ailleurs encore de nos jours: la mairie attend d’un jour à l’autre les exemplaires de Bill Clinton et Nelson Mandela.
«Je crois que la culture n’a pas de couleurs», répond Natividad Martinez au visiteur qui s’étonne de trouver côte à côte les livres de dictateurs notoires et ceux de démocrates sans reproche.
«Peut-être est-ce là la note sensible qui le rachète» affirme-elle ainsi à propos du livre de Hitler daté de Berlin le 1er juillet 1933. De fait, le Führer n’a pas fait parvenir à El Toboso un exemplaire de Don Quichotte, mais un manuel d’histoire. Mouammar Kadhafi s’est également singularisé en substituant son petit Livre vert de la révolution libyenne au roman de l’Espagnol.
La plupart du temps, les illustres lecteurs se sont contentés d’écrire leur nom avec quelques politesses sur la première page du livre. «Au maire et aux habitants d’El Toboso, meilleures salutations», a par exemple noté Ronald Reagan.
L’actuel président du gouvernement autonome du Pays basque espagnol, José Antonio Ardanza, a été un peu plus explicite: «L’œuvre majeure de la littérature espagnole dans la plus vieille langue d’Europe, l’Euskera (le Basque, ndlr).
Le centre Cervantes d’El Toboso s’apprête à recevoir encore plus de visiteurs que d’habitude en cette année du 45e anniversaire de la naissance du père de Don Quichotte.
Pour certains, El Toboso, patrie de Dulcinée, la princesse à nulle autre pareille qui hante les rêves d’amour du preux chevalier de La Manche, reste encore une chimère littéraire comme les personnages de Cervantes.
«En France, raconte Mme le maire, j’ai dû montrer ma carte d’identité à un professeur de lettres pour prouver qu’El Toboso existait bien!».

