La marché juge la probabilité d’une victoire du PS «assez faible», déclare Olivier Davanne, co-directeur de la recherche économique européenne chez Goldman Sachs.
Selon lui, en effet, «les investisseurs ne croient pas les sondages, il y a le sentiment qu’il y aura un forcing de fin de campagne et que l’intervention du président Chirac sera relativement déterminante».
Même si aucune dynamique d’opinion ne s’est encore réellement formée, un sondage Louis Harris fait état d’un gain de deux points pour les formations de gauche par rapport à fin avril. Avec 40% des intentions de vote, elles devancent le RPR, l’UDF et les divers droite, crédités de 38% (-deux points).
Les marchés envisagent un éventuel succès de la gauche avec une certaine dose de sérénité, considérant que les contraintes budgétaires l’empêcheront d’appliquer l’intégralité de son programme économique.
«L’expérience historique montre que les programmes électoraux sont d’une application en général relativement courte, d’autant plus courte que les marchés sont ouverts, ce qui est le cas aujourd’hui», souligne Michel Lutfalla, directeur des études économiques d’Axa. «Cela peut jouer dans le fait que les marchés réagissent relativement peu», ajoute-t-il.
Olivier Davanne souligne que les investisseurs ne se sont pas livrés à une analyse en profondeur du programme économique du parti socialiste. «Il y a très peu d’investisseurs qui font une analyse précise du programme. Il y a plutôt un sentiment assez général que les marges de manœuvre sont faibles et que l’Europe imposera sa loi une fois de plus», observe-t-il.
Du côté des
«ni-ni»
Les divergences au sein du PS sur l’arrêt des privatisations donnent à penser que, sur ce point notamment, la formation de Lionel Jospin ferait preuve de pragmatisme en revenant aux affaires, estiment des économistes.
Des moyens financiers importants doivent en effet être dégagés pour recapitaliser plusieurs entreprises publiques comme le Gan ou Giat Industries, soulignent-ils.
Le porte-parole du PS, François Hollande, a ainsi dû recadrer le discours du PS en précisant que France Télécom restera public à 100% si la gauche l’emporte. Certains socialistes avaient laissé entendre dernièrement que la loi de respiration du secteur public chère au gouvernement Rocard, pourrait être utilisée pour certaines entreprises même si la règle du «ni privatisation ni nationalisation» édictée par François Mitterrand restait d’actualité.
«Ils se rendent bien compte qu’ils sont tellement pris à la gorge en matière budgétaire que, du côté du «ni-ni», il y aura des exceptions», estime un économiste qui dit douter par ailleurs de la faisabilité du projet du PS de créer 700.000 emplois dont la moitié dans le secteur public ou para-public.
Cependant, si le resserrement de l’écart gauche-droite et la perspective des élections anticipées ne se traduit par aucun heurt notable sur les marchés, c’est que les éléments techniques restent bien orientés, notent plusieurs professionnels.
L’abondance de liquidités, constatée actuellement en Bourse, comme sur les obligations et sur le franc, limite ainsi l’impact des élections. «Le point essentiel sur les marchés français, qu’il ne faut jamais oublier, c’est l’abondance des liquidités. C’est très différent d’une situation où les gens ont déjà très investis, prennent peur et adoptent un comportement prudent», note Olivier Davanne.
Ces facteurs du marché ont ainsi permis au CAC 40 d’afficher un gain de 4,7% la semaine dernière, et d’encore 0,66% lundi.
«L’environnement international est bon. Mais en France, les élections sont serrées et donc la consolidation devrait se poursuivre. Tant que l’incertitude demeure, il n’y a pas de raison que la Bourse progresse», estime un gérant.
De sorte que le léger recul de la Bourse constaté mardi (-0,7% vers 14h30) est avant tout imputé à des prises de bénéfices et très marginalement aux sondages électoraux.

