Le prince Hassan a décidé de ne pas participer à une cérémonie, côté jordanien de la frontière, à la mémoire de sept collégiennes israéliennes tuées le 13 mars par un soldat jordanien. Du coup, M. Netanyahu a annoncé qu’il ne s’y rendrait pas non plus et la cérémonie a été reportée sine die.
A l’origine de ce coup de froid, selon les officiels israéliens, figure une querelle sur le partage des maigres eaux du fleuve frontalier Jourdain. La Jordanie, qui a signé la paix avec Israël en 1994, estime qu’elle doit recevoir une plus grande part que l’Etat juif ne lui offre.
Selon un haut responsable israélien, les Jordaniens ont essayé d’obtenir des concessions israéliennes sur ce dossier afin de pouvoir justifier, aux yeux du monde arabe, l’entretien entre M. Netanyahu et le prince Hassan.
«La Jordanie ne peut pas aller à contre-courant de l’ensemble du monde arabe qui, pour le moment, a adopté une position très hostile envers Israël», a affirmé le haut responsable sous couvert de l’anonymat. «Elle espérait obtenir une meilleure offre sur l’eau afin de pouvoir justifier la cérémonie», a-t-il dit.
Lundi, Israël avait annoncé la rencontre entre M. Netanyahu et le prince Hassan en précisant qu’elle aurait lieu sur «l’île de la paix», au confluent du Yarmouk et du Jourdain, un lieu que les Jordaniens appellent Bakoura et les Israéliens Naharaïm.
Les responsables israéliens avaient même publié un programme détaillé de l’entretien et de la cérémonie. Mais dans la soirée, la Jordanie a affirmé que le prince Hassan ne prévoyait aucunement de se rendre à Bakoura.
D’après le ministre israélien des Infrastructures nationales Ariel Sharon, responsable du dossier de l’eau, son homologue jordanien Mounzir Haddadine lui a présenté dimanche de nouvelles revendications lors d’un entretien secret à Tel-Aviv.
«L’eau est une question très, très sérieuse», a déclaré M. Sharon à la radio, estimant toutefois que «la rencontre diplomatique n’aurait pas dû être affectée par cette question».
Israël fournit à la Jordanie 50 millions de mètres cubes d’eau par an et doit augmenter cette quantité, selon les termes du traité de paix. D’après M. Sharon, Amman a rejeté une proposition prévoyant un volume de 100 millions de mètres cubes par an, le jugeant insuffisant.
Selon la presse israélienne, la Jordanie se plaint également de la mauvaise qualité de l’eau fournie par Israël et estime qu’il est à la charge de ce dernier de l’acheminer jusqu’à sa capitale, Amman.
Les relations entre les deux pays, qualifiées d’«exemplaires» après la signature de leur traité de paix il y a deux ans et demi, se sont progressivement dégradées depuis l’arrivée de M. Netanyahu au pouvoir il y a un an.
La Jordanie a dénoncé la relance de la colonisation israélienne dans les territoires après la mise en chantier le 18 mars d’une colonie juive à Jebel Abou Ghneim dans la partie arabe annexée de Jérusalem. Ces travaux ont entraîné le gel des négociations entre Israël et les Palestiniens.
L’ambassadeur israélien en Jordanie Oded Eran, qui vient tout juste de prendre ses fonctions lundi, a expliqué à la radio israélienne que la Jordanie était déçue du traité de paix, qui n’a pas apporté les bienfaits économiques espérés.
Risques de guerre minimes
Le premier ministre israélien a estimé que les relations entre les deux pays traversaient une «mini-crise».
«Il s’agit d’une mini-crise, provoquée par un malentendu et un désaccord concernant l’application d’un accord entre les deux pays», a souligné M. Netanyahu à la radio.
De «hauts responsables israéliens», cités par la radio publique, ont accusé l’Egypte d’être à l’origine de la tension israélo-jordanienne. «Les Egyptiens exercent de constantes pressions sur la Jordanie pour qu’elle refroidisse ses relations avec Israël», a affirmé la radio.
Malgré tout, M. Netanyahu a tenu à minimiser les dangers d’une guerre avec des pays arabes, dont le risque a été évoqué par des chefs militaires israéliens.
«Nous ne disposons d’aucune information permettant de dire qu’Israël est confronté à une menace de guerre grandissante», a souligné M. Netanyahu à la radio publique.
«Les pays arabes ont commencé à s’équiper de missiles depuis six à sept ans mais on ne peut pas dire qu’un seuil ait été franchi», a ajouté le premier ministre. Il a souligné qu’Israël disposait des «moyens nécessaires pour répliquer» à une éventuelle agression, tout en développant de «nouvelles armes».
Interrogé sur un récent article du quotidien israélien «Haaretz», selon lequel la Syrie produit du gaz chimique «VX», très dangereux pour les poumons et la peau, et en équipe des missiles sol-sol, M. Netanyahu a affirmé qu’il était au courant du dossier depuis six mois. «Il n’y a rien de nouveau», a-t-il dit.
Ces déclarations vont à l’encontre des propos alarmistes tenus par les responsables de l’armée, notamment à propos de la Syrie. «La Syrie prépare vraiment une option militaire et l’armée israélienne doit en tenir compte», a estimé vendredi dernier le chef des études stratégiques du service de renseignements militaires, le général Amos Gilad.
Le chef d’état-major, le général Amnon Shahak, a réclamé une rallonge budgétaire en soulignant qu’avec «le budget actuel de la Défense, l’armée ne dispose pas des moyens pour se préparer comme il le faut à une guerre».
La Syrie réplique à la campagne des militaires israéliens en suggérant qu’Israël se débarrasse d’abord de ses armes nucléaires. «Celui qui détient l’arme nucléaire n’a pas le droit de critiquer les autres (pays) qui possèdent d’autres sortes d’armes. S’ils (les Israéliens) veulent un désarmement, qu’ils commencent par le nucléaire», a déclaré la semaine dernière le président Hafez el-Assad.

