Le nouveau paquebot des airs a été présenté le week-end dernier à Friedrichshafen (sud), sur les rives du lac de Constance, là même où le premier dirigeable du comte Ferdinand von Zeppelin s’était élevé, le 2 juillet 1900.
Le Zeppelin NT (pour new technology) est un vaisseau blanc de 75 mètres de long et 8.000 mètres cubes. Comme ses illustres prédécesseurs, c’est un éloge à la lenteur (115 km/h de vitesse de croisière), au silence et à la flânerie.
Il met fin au long purgatoire dans lequel avaient soudainement plongé les dirigeables après la catastrophe du «Hindenburg». Ce géant de 245 mètres de long, frappé de monumentales croix gammées, pouvait transporter jusqu’à 72 passagers entre l’Europe et les Etats-Unis dans l’ambiance feutrée d’un transatlantique.
Cigares volants
Gonflé à l’hydrogène, parce que les Etats-Unis refusaient de fournir de l’hélium ininflammable à l’Allemagne nazie, la bombe volante s’était carbonisée en quelques minutes lors d’un atterrissage à Lakehurst, près de New York, le 6 mai 1937. Trente-cinq passagers et membres d’équipage avaient péri dans l’accident dont les images, tournées par un reporter, sont encore synonymes de catastrophe aérienne.
Six décennies plus tard, le prototype du Zeppelin NT fait la fierté de Friedrichshafen où l’on voue un véritable culte au comte Ferdinand von Zeppelin. Ouvert l’été dernier, un musée, qui conte son épopée, a déjà accueilli 350.000 visiteurs.
Le Zeppelin NT effectuera sa première sortie en juillet ou en août pour rejoindre l’aéroport de Friedrichshafen, à quelques kilomètres de son hall d’assemblage. Puis, il subira un programme de 600 heures d’essais en vol jusqu’à sa certification, attendue à la mi-1998.
De ces aînés des années 30, le nouveau dirigeable a hérité la silhouette ventrue qui vaut à ces aéronefs le sobriquet de «cigares volants» ou celui, moins flatteur encore, de «suppositoires volants».
Mais, là s’arrête la comparaison. Le Zeppelin NT, dont la nacelle panoramique pourra emmener douze passagers et deux pilotes dans des fauteuils de cuir, est gonflé à l’hélium. Il combine des matériaux composites, aussi légers que résistants, avec une avionique ultra-moderne et se pilote du bout des doigts à l’aide d’un stick, comme un Airbus.
Sept ans d’études
Les trois hélices de propulsion pivotent de 90 degrés, permettant décollages et atterrissages verticaux avec trois personnes seulement au sol. Une quatrième hélice, disposée comme le rotor de queue d’un hélicoptère, autorise des rotations quasi-stationnaires.
Le développement du Zeppelin NT a demandé sept ans d’études et 40 millions de marks (23,5 millions de dollars) d’investissements. «Ce n’est pas un rêve, mais une entreprise qui doit être rentable», souligne Wolfgang von Zeppelin, directeur général du constructeur, la Zeppelin Luftschifttechnik Gmbh.
Cinq exemplaires sont déjà vendus. Ils seront exploités en Suisse et en Allemagne pour des vols touristiques ou scientifiques. Les chercheurs de l’Université de Bonn ont prévu d’observer l’éclipse solaire du 11 août 1999 à bord de l’un d’eux.
La Zeppelin Luftschifttechnik ne rentrera dans ses fonds qu’à partir du vingtième exemplaire. Il en coûte environ 12 millions de marks (7 millions de dollars) l’unité.
La société mise sur le marché particulier des dirigeables: tourisme de luxe – l’heure de vol revient à au moins 240 dollars par passager – travaux scientifiques mais aussi surveillance (des forêts, des côtes, ou de grandes manifestations comme les Jeux olympiques), reportages télévisés ou simple support promotionnel. Des contacts ont déjà été noués au Japon, en Australie, aux Etats-Unis et en Nouvelle-Zélande.


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