Azam Taleghani, 46 ans, mère de quatre enfants, porte le tchador noir traditionnel qui ne laisse entrevoir que l’ovale du visage. Femme active, elle est diplômée de littérature persane et dirige une revue proche de la gauche intellectuelle, Peyam-e Hajar.
Cette Iranienne décidée à faire évoluer une classe politique machiste est la fille de l’ayatollah Seyyed Mahmoud Taleghani, décédé quelques mois après le début de la révolution islamique de 1979, dont il était une figure populaire.
Emprisonné plusieurs années sous le régime du Chah, ce proche de l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, a donné son nom à l’avenue qui borde l’ancienne ambassade des Etats-Unis à Téhéran, prise en otage pendant plus d’un an après la révolution.
Sa fille Azam a elle-même été emprisonnée, torturée sous l’ancien régime, puis élue au premier parlement révolutionnaire. Elle dirige aujourd’hui une association islamique de femmes.
Dix-huit ans après l’instauration d’un régime islamique, elle estime qu’il est largement temps de lever une des dispositions les plus controversées de la constitution, qui laisse entendre que la fonction de chef de l’Etat serait réservée aux hommes.
L’article 115
«Il est un devoir divin comme temporel de clarifier enfin l’article 115 de la constitution», a-t-elle affirmé au quotidien de langue anglaise Iran News.
Cet article spécifie que la magistrature suprême est réservée à un «rejal», mot signifiant «personnalité», dont l’origine arabe (la langue du Coran) a une connotation masculine.
La langue persane en revanche ne connaît pas de distinction de genre, masculin ou féminin.
Alors que le débat est resté jusqu’à présent théorique, la candidature de Mme Taleghani met le régime au pied du mur pour trancher cette ambiguïté politico-sémantique.
Le Conseil constitutionnel doit rendre son verdict le 8 mai, en publiant la liste des candidats autorisés à faire campagne pour l’élection du 23 mai, sur les 238 qui ont déposé un dossier.
Parmi les neuf femmes qui se sont déclarées candidates, Azam Taleghani est de loin la plus en vue, les huit autres n’ayant pratiquement aucune notoriété.
«Après avoir fait des recherches, je n’ai pas le moindre doute: l’islam n’a jamais empêché les femmes d’assumer les plus hautes responsabilités», affirme Mme Taleghani.
Astreintes à se couvrir de la tête aux pieds dès qu’elles sortent, empêchées de pratiquer un grand nombre de sports jugés «indécents», les Iraniennes, dont le témoignage vaut la moitié de celui d’un homme devant un tribunal islamique, ont toutefois accru leur présence dans la vie publique.
Treize femmes sont membres du Parlement (sur 270 députés) et une Iranienne, Zahra Sar Azam-Nouri, a pour la première fois pris l’an dernier la tête d’une mairie d’arrondissement à Téhéran, faisant grincer des dents les milieux traditionnalistes.
L’une des femmes les plus en vue d’Iran, Faezeh Hachémi, fille du chef de l’Etat Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, est depuis longtemps active dans la promotion du sport féminin, et fait elle aussi l’objet de l’hostilité des intégristes.
Les principaux candidats à l’élection présidentielle, le conservateur Ali Akbar Nategh-Nouri et son adversaire soutenu par la gauche radicale et les modérés Mohammad Khatami, tous deux membres du clergé, ont promis de prendre des femmes dans leur gouvernement.


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