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Actualités - Reportage

A l'Assembly Hall Abdel rahman El-Bacha force et légèreté (photos)

Pour les nombreux mélomanes venus l’écouter, Abdel Rahman el-Bacha représente bien plus qu’un virtuose plébiscité par la presse et le public étrangers. C’est l’enfant prodige qui revient au bercail avec un «stock» renouvelé de partitions afin de mieux partager la beauté et l’émotion de la musique avec ses compatriotes. Pour Beyrouth, celui qui, à l’âge de dix-neuf ans, remportait haut la main le premier prix des Concours Reine-Elizabeth de Belgique en 1978, a concocté un menu fastueux: Beethoven, Schubert et Chopin. Puissance, rêverie et poésie pour traduire toute l’éloquence du clavier. Dès les premières mesures de cette sonate No.12 la majeur op.26 de Beethoven, un silence recueilli s’est établi pour laisser place au déferlement d’un romantisme absolu. Tonnante, impérieuse, d’un éclat de diamant pur, la voix de Beethoven avait quelque chose de terrible, en scandant cette «marche funèbre solennelle, poignante et grave. El-Bacha semble ici en terre connue et conquise. Du plus léger souffle de l’«andante» aux rythmes plus animés de ce «scherzo», pour conclure avec ce «rondo allegretto», la touche du pianiste a toujours la force et la légèreté nécessaires pour captiver et emporter l’adhésion totale de l’auditeur. Ceux qui croyaient que Abdel Rahman el-Bacha était d’une technique glaciale auront été surpris de trouver là une sensibilité à fleur de peau, une émotion à peine contenue.
Les trois «Klavierstückes» D 946 de Schubert enchaînaient dans le ton narratif surprenant des «impromptus» où le thème se transforme au fur et à mesure de son développement avec un rapport indéniable de recherches originales dans les sonorités. Sonorités riches, amples, ondoyantes, avec des images superbes et fugaces, fluides, limpides. C’est à croire que Schubert est transfiguré sous les doigts de Abdel Rahman el-Bacha et que l’on apprend à le redécouvrir.
Après l’entracte ont déferlé d’affilée, d’une traite, comme pour ne pas briser un rêve, ou éviter de rompre la magie d’un bonheur, dix œuvres de Chopin. Des quatre mazurkas au rondo final en do majeur en passant par la polonaise en Fa mineur, trois valses et le souvenir de Paganini, Abdel Rahman el-Bacha était comme absorbé par un songe. Songe de restituer à l’auditoire dans son intègre profondeur et frémissante poésie, l’univers sonore du prince du clavier.
Monde lumineux, tourmenté, diaphane, menacé et menaçant, tout Chopin transparaissait dans ce jeu d’une extraordinaire clarté, d’une éblouissante netteté. Les «mazurkas» avaient bien la grâce des danses populaires du pays natal du virtuose, la Polonaise avait ce côté martial et nostalgique qu’on lui prête volontiers, les valses étaient d’exquises rêveries dans un salon lambrissé aux girandoles allumées avec robes à crinolines et chignons retenus par une mantille, le souvenir de Paganini est bien un moment de redoutable virtuosité, et le «rondo», œuvre de jeunesse de Chopin, contenait en essence tout le génie de la maturité…
Le dernier chromatisme prestement enlevé, le public a salué le pianiste dans une «standing ovation». En rappel, Abdel Rahman el-Bacha a interprété une œuvre de son cru intitulée «Prélude andalou». Œuvre secrète, sensuelle, d’un ibérisme à panache discret révélant un véritable tempérament. Mais pour le dire, quel talent!

Edgar DAVIDIAN
Pour les nombreux mélomanes venus l’écouter, Abdel Rahman el-Bacha représente bien plus qu’un virtuose plébiscité par la presse et le public étrangers. C’est l’enfant prodige qui revient au bercail avec un «stock» renouvelé de partitions afin de mieux partager la beauté et l’émotion de la musique avec ses compatriotes. Pour Beyrouth, celui qui, à l’âge de dix-neuf ans, remportait haut la main le premier prix des Concours Reine-Elizabeth de Belgique en 1978, a concocté un menu fastueux: Beethoven, Schubert et Chopin. Puissance, rêverie et poésie pour traduire toute l’éloquence du clavier. Dès les premières mesures de cette sonate No.12 la majeur op.26 de Beethoven, un silence recueilli s’est établi pour laisser place au déferlement d’un romantisme absolu. Tonnante, impérieuse, d’un éclat de...