La campagne électorale, aux allures de cauchemar pour des tories usés par dix-huit années de pouvoir, aura été le fidèle reflet du mandat de six ans, cinq mois et quatre jours exercé par le «Monsieur tout le monde» du Parti conservateur: le sourire aux lèvres, les certitudes bien trempées, il a passé le plus clair du temps à composer dans le but d’assurer sa survie politique.
Prisonnier qu’il était d’une majorité peau de chagrin et d’un penchant immodéré pour le consensus. Otage d’eurosceptiques tories qui ont achevé de saper son autorité, par ailleurs sérieusement entamée par une armée de jeunes turcs et autres prétendants empressés à sa succession.
Une ancienne secrétaire d’Etat, célèbre pour son franc-parler, a résumé tout haut le constat qui se murmure depuis des mois dans le camp des perdants. «Dans la comparaison entre Major et Blair, c’est Blair qui s’en tire à son avantage», a fait valoir Edwina Curie.
Continuateur de la révolution ultra-libérale de Margaret Thatcher plutôt qu’innovateur, John Roy Major, 54 ans, se verra contraint d’abandonner vendredi à son rival travailliste Tony Blair le soin de mettre en œuvre l’ambition qu’il nourrissait à défaut de vision: celle d’une société britannique modernisée et «réconciliée avec elle-même». D’un thatchérisme à visage plus humain.
Des amis ingrats
L’homme urbain, «le brave John» intarissable sur sa passion du jardinage et les performances de l’équipe de cricket du Surrey, a traversé cette dernière épreuve en défendant à qui voulait l’entendre son bilan.
«En matière économique, dit-il, j’ai poursuivi et approfondi le thatchérisme».
«J’ai accompli le plus gros de la tâche», a corrigé la «dame de fer» qui dénonce la «mollesse» de son successeur, en règle générale et en particulier vis-à-vis de Bruxelles.
Les Britanniques aux yeux desquels il reste le plus impopulaire des premiers ministres de l’après-guerre, ne lui sont pas gré de succès économiques incontestables assortis de deux percées historiques: la 4e victoire inespérée des conservateurs aux élections de 1992, et l’accord de cessez-le-feu sur l’Irlande du Nord en 1994, qui reste à confirmer.
Ses «amis» ingrats l’accablent de leurs malheurs présents, sans reconnaître qu’il est resté jusqu’au bout leur meilleur atout.
L’opposition s’en donne à cœur joie, ralliée autour de l’accusation de Tony Blair: «Vous êtes un faible, faible, faible».
Fils d’une mère chanteuse et d’un père trapéziste venu au music-hall après la banqueroute de son petit commerce de décoration de jardin, John Major a quitté l’école à l’âge de 16 ans, connu le chômage et exercé une kyrielle de petits boulots manuels. Entré en qualité de simple employé dans une succursale de la Chartered Bank, il s’est hissé au poste de directeur des relations publiques, à force de ténacité et de cours du soir.


Washington condamne « l'attaque scandaleuse » imputée à l'Iran ayant visé l'aéroport à Koweït