Pour commencer, du Bach. Non pas le célèbre Jean-Sebastien mais le neuvième enfant d’Anna-Magdalena, Johann-Christoph-Friedrich, avec une sonate pour deux flûtes et piano en do majeur. Modulations douces et élégantes qui affichent une belle indépendance, par rapport à l’enseignement du cantor. Sans toutefois renier les courants prédominants de l’époque, alliant avec subtilité les élans mystiques de la chrétienté et l’austère souffle humaniste de la Réforme. Se dégageant en douce de l’influence exercée sur lui par son père, J.C.F. Bach contribue avec une certaine audace à établir la sonate dans sa forme classique.
Et arrivent les accents légers, aériens, littéralement «enchanteurs» d’une fantaisie en sol mineur KV608 (pour deux flûtes et piano) de W.A. Mozart. Moment de grâce et de spontanéité où la violence et la haine n’ont pas de place. Aimable cette musique? Plus, sans doute bien plus, car elle procure à celui qui l’écoute une indicible sensation de plénitude et de joie. Il y a là la parfaite synthèse de la facilité italienne, de la rigueur allemande et de l’élégance française. Qui peut dire mieux? Génial Mozart qui rend toute musique émerveillement!
Le «Duettino hongrois» op.36 (toujours pour deux flûte et piano) de A.F. Doppler, révélation d’une narration peu connue du grand public, a jeté l’animation colorée des rythmes vifs empreints d’une certaine «aura» folklorique.
Du Danois F.D. Kuhlau, «cinq trios» en sol majeur op.119, alternant tristesse et gaieté à travers trois mouvements d’une exquise harmonie.
Retour en force à Mozart avec «cinq duos» de «La flûte enchantée». L’enchantement pour dire vrai était dans la salle. Les plus belles pages de Mozart ont résonné grâce à la flûte de Jean-Pierre Rampal dans cette petite salle archicomble du Musée national. Cette musique faite justement pour prouver qu’elle peut triompher du mal et des armes semblait avoir trouvé ici un écrin de rêve.
Pour terminer, accents somptueusement «verdiens», avec la «Grande fantasia» de Concerto op.5, d’après un thème de l’opéra «Un ballo in Maschera». Mélodie ondoyante utilisant avec un art consommé toutes les ressources de la flûte; cette fantaisie est une fuyante variation comme un rêve baroque dans un palais envahi par une foule bigarrée et en liesse… Langage masqué la musique? Peut-être, mais ici elle parle à visage découvert et, grâce au talent d’un artiste au-dessous de tout éloge, elle est la source d’une émotion profonde. Le discours du dieu Pan ce soir-là avait non seulement les sortilège des sirènes lointaines mais aussi les résonances dorées et heureuses d’un pur moment de bonheur musical…
A l’issue du concert, Jean-Pierre Rampal a reçu les insignes de chevalier de l’Ordre du Cèdre des mains de Mme Elias Hraoui, représentant le chef de l’Etat…
Edgar DAVIDIAN

