En riposte à l’annonce des premiers nouveaux membres attendue au sommet de Madrid cet été, la Russie «devrait au minimum réviser sa politique de défense, probablement en mettant l’accent sur la dissuasion nucléaire pour compenser ce qu’elle perçoit comme une supériorité de l’OTAN dans les armes conventionnelles», rapporte l’institut londonien.
Retrait de la force internationale en Bosnie, réduction des engagements envers l’OSCE, refus de ratifier l’accord de désarmement START II (sur la limitation des armes stratégiques)… La liste des représailles possibles est longue, relève l’IISS.
Il souligne aussi le problème posé pour les pays de l’Est qui ne seront pas inclus dans la première vague d’élargissement de l’OTAN et qui devront «faire face à une Russie mécontente et plus hostile».
«Les dangers sont particulièrement importants pour l’Ukraine et les Etats baltes, ainsi que, dans une moindre mesure, la Slovénie et la Roumanie», estime l’IISS, selon lequel le «sentiment d’insécurité de ces pays deviendra inévitablement plus intense».
Climat d’incertitude
Un des remèdes possibles serait alors «d’engager l’Union européenne beaucoup plus intensivement dans les développements économique et politique des pays de l’ancien Pacte de Varsovie».
L’institut estime par ailleurs que les réformes économiques et politiques sont maintenant «irréversibles» en Russie, même si le «climat d’incertitude» a peu de chances de se dissiper rapidement.
Il note que le pays a traversé en 96 «l’une des années politiques les plus difficiles» de ses cinq ans d’existence, avec les élections présidentielles et locales, la fin de la guerre en Tchétchénie, la vacance du pouvoir ayant entouré la maladie de Boris Eltsine, un Parlement procommuniste et les difficultés économiques.
«N’importe lequel de ces défis aurait pu précipiter la Russie dans le chaos, mais elle les a surmontés, terminant l’année avec une économie étonnamment forte» et «aucun tyran n’attendant son heure».
Une inflation relativement basse, «Moscou en plein boom», «des exportations continuant de grimper», l’économie est «lugubre mais pas désespérée», note l’IISS. Il reste des «points noirs»: les mauvaises rentrées fiscales dues autant à l’incompétence qu’aux faveurs «des ministres et du président accordées aux entreprises dirigées par leurs amis et associés», l’acquisition par les banques et institutions financières de sociétés n’ayant pas encore été restructurées et la réticence face aux réformes des salariés et des autorités locales.
Plus dangereux, «le crime et la corruption se sont insinués dans tous les secteurs de la vie publique et privée», affirme l’IISS, qui dénonce «la zone grise de corruption et d’ententes entre milieux gouvernementaux et d’affaires». «Le crime a aussi corrompu les hauts échelons du commandement militaire», conclut le rapport.

