«Je vais à Brindisi ce soir et je reviens demain», affirme le chef bardé de bijoux en or, après le débarquement italo-grec dans la ville insurgée du sud du pays.
Les cinq hommes assis à la table d’un restaurant des hauteurs ne se sont pas déplacés pour voir le débarquement de la force multinationale de protection.
Ils ont plus urgent à faire avec leur chargement nocturne vers l’Italie. «Je les emmène ce soir, eux et d’autres et je reviens demain matin», ajoute le chef d’une trentaine d’année, blaser rouge posé sur la chaise, montrant trois des hommes à table avec lui.
Ils restent flous sur leur activité sur le sol italien. Les noms dans cette interview «ne sont pas improtants», estiment-ils. Le transport d’un clandestin «coûte 500.000 lires, mais je risque ma vie toute les nuits», se contente d’ajouter le chef, dans un italien parfait.
Drogue, clandestins, armes: Vlora est décrite comme la ville de tous les trafics. «Les Italiens nous méprisent mais ce sont eux qui viennent chercher des Albanaises pour la prostitution», assure l’un d’eux. En dehors de cela, «on trouve de tout à Vlora», reprend un autre, tirant un sachet plein de ce qu’il dit être de la «cocaïne colombienne».
La guerre des gangs en ville? Les tirs qu’on entend jour et nuit à Vlora viennent de «ceux qui tirent parce qu’ils ont peur. Nous, on ne tire pas», explique l’un d’eux avec un large sourire. «Mais bien sûr, nous sommes armés», dit-il, joignant le geste à la parole. Le neuf millimètres argenté reste quelques instants sur la table avant de disparaître sous le survêtement.
Pour ces hommes du cru en revanche, le sang appelle le sang si quelqu’un déclenche une guerre des bandes.
Tous sont des anti-Berisha convaincus. «Vlora ne se rendra jamais» au président albanais Sali Berisha. Pour eux, comme pour tout Vlora, le chef de l’Etat est responsable de la ruine de la population quand les sociétés bancaires pyramidales se sont effondrées en janvier dernier. C’est à la suite de la banqueroute que Vlora a lancé l’insurrection générale.
«L’opération Alba coûte 1 milliard de lires par jour. l’Italie aurait mieux fait de les distribuer aux gens plutôt que d’envoyer des soldats», souligne le chef du groupe. Et d’ajouter que pour le moment, «ils ont envoyé des soldats, pas de la nourriture alors que c’est de cela dont les gens ont besoin».
Vlora en voulait aux Italiens pour la tragédie de la fin mars quand un navire de réfugiés a sombré lors de la traversée au moment où il était arraisonné par la marine italienne. Malgré les acclamations lors de la visite du président du Conseil italien Romano Prodi il y a huit jours, la rancune n’est, selon eux, pas totalement éteinte dans cette région de vendetta.
«Je connais des gens qui ont perdu des parents dans le naufrage et qui tireront sur les Italiens s’ils en voient un», ajoute le chef avant de partir avec ses hommes vers sa berline allemande.

