Le président Ezer Weizman a conjuré les représentants du Shass (sépharade, juifs orientaux) de ne pas rouvrir cette «boîte de Pandore», tout en critiquant le fait que le chef de ce parti, Arié Déri, soit le seul à encourir une inculpation dans le scandale politico-judiciaire.
«Il ne faut à aucun prix qu’Israël replonge dans les conflits entre ashkénazes (juifs d’Europe) et orientaux qui avaient marqué les premières années de l’Etat», a poursuivi M. Weizman, dont les propos font la manchette des journaux.
Scandale révélé par
la télévision
«La mise en accusation de M. Déri seulement risque de provoquer un schisme dangereux», a déclaré pour sa part à la radio un dirigeant de l’opposition travailliste, le député Ehud Barak, considéré comme le successeur probable du chef du parti Shimon Pérès.
Après trois mois d’enquête sur l’affaire «Bibigate», la police avait recommandé l’inculpation du premier ministre Benjamin Netanyahu, du ministre de la Justice Tzahi Hanegbi et de M. Déri notamment. Toutefois, le procureur de l’Etat a décidé de seulement poursuivre M. Déri.
Le scandale avait été révélé en janvier par la télévision selon laquelle M. Déri a fait pression sur le gouvernement pour nommer un procureur général susceptible de l’aider à se laver d’accusations de corruption.
Mercredi, près de 20.000 sympathisants ont manifesté leur colère contre la justice, les médias et la gauche laïque, et porté en triomphe M. Déri, aux cris de «Déri-Dreyfus» et «Déri le juste».
«Nous sommes victimes d’une oppression ethnique et religieuse, et pas seulement politique. On a peur que nous changions le caractère de l’Etat», a proclamé devant l’assistance M. Déri, affirmant que les «laïcs ont fait faillite».
Pour le sociologue Moshe Lisk, «par-delà la question des discriminations subies par des juifs orientaux, la base du Shass pousse vers une véritable guerre culturelle et développe une véritable paranoïa».
Ce professeur de l’université hébraïque a mis en garde contre le risque qu’un tel conflit débouche sur la violence, dans une interview à la radio.
D’autres spécialistes récusent un tel scénario. «Le Shass contrôle parfaitement sa base et n’a aucun intérêt à pousser à la violence», a déclaré le pédagogue, Sami Chalom Chitrit.
«A l’instar d’autres mouvements de juifs orientaux, le Shass exprime une affirmation identitaire et une révolte contre la discrimination», a ajouté cet activiste juif oriental.
«Mais le Shass fait beaucoup plus peur à l’Establishment ashkénaze car il entend conquérir le pouvoir et instaurer une société basée sur la religion», selon M. Chitrit.
Troisième formation
à la Knesset
Le Shass est la troisième formation de la Knesset avec dix députés sur 120. Ce mouvement est né en 1983 pour s’opposer à la domination des juifs ashkénazes sur l’ensemble des institutions de l’Etat et particulièrement dans les milieux ultra-orthodoxes.
Il a confirmé sa popularité en gagnant depuis 1984 des voix aux élections aux dépens des partis de droite. Ainsi, il s’est rallié aussi bien à des gouvernements de gauche que de droite.
Le Shass est aussi favorable à un compromis territorial avec les Arabes.
Les sépharades représentent près de 50% de la population israélienne, et leur proportion est beaucoup plus forte parmi les couches défavorisées de la société.
«L’augmentation globale du niveau de vie n’a pas mis fin aux disparités sociales, elles se sont seulement déplacées», relève le sociologue Shlomo Svriski. Selon lui, seulement un étudiant israélien sur quatre est un juif originaire de pays arabes.

