Ce journaliste de la BBC de 36 ans a de bonnes chances de gagner et de devenir le premier homosexuel avoué élu député en Grande-Bretagne. Il y a déjà eu quelques gays au Parlement, mais ils avaient attendu d’être élus avant de révéler leur sexualité.
«Cette élection sera un test pour la tolérance de l’Angleterre profonde», reconnaît M. Bradshow.
Dominée par sa cathédrale, assoupie en plein sud-ouest agricole, Exeter ne semble pas le choix idéal pour défier les mentalités. «J’ai été sélectionné purement par hasard», dit ce candidat de dernière minute, désigné après le retrait du prétendant initial.
Ancien correspondant à Berlin, le journaliste avait commencé sa carrière au quotidien local d’Exeter, où il a vécu six ans, ce qui limite les accusations de parachutage.
Sa nomination, assure-t-il, n’a provoqué aucun remous. «Mieux, le nombre d’adhésions a augmenté et une seule personne, un militant chrétien, a rendu sa carte».
L’informatique du parti s’est adaptée. Aux découpages entre travaillistes mous, indécis et conservateurs, l’ordinateur d’Exeter a ajouté la catégorie «homophobe». Seulement 76 étaient recensés après le démarchage systématique de plus de 74.000 électeurs. «De toute façon, ce sont invariablement des conservateurs, qui ont généralement plus de préjugés», dit-il, affirmant n’avoir «pas reçu une seule lettre haineuse».
Drapeau rose
Son opinion sur les gays dans l’armée, ou l’âge légal des relations sexuelles? «Je ne m’intéresse pas à la politique de ghetto», réplique-t-il.
Costume cravate, cheveux châtain, l’air d’un adolescent grandi trop vite, il répond aux mères de famille dans une école maternelle, sur les allocations logement, l’éducation ou la réfection des trottoirs.
«Je suis de la classe ouvrière, je vote Labour. Cela ne me dérange pas qu’il soit gay», dit Donna. «Les libéraux-démocrates sont plus crédibles. Cela n’a rien à voir avec son homosexualité», précise Jane.
Dans la rue d’un quartier pauvre, George Richardson explique qu’à 77 ans, il va pour la première fois de sa vie voter Labour et non conservateur. On vient de lui supprimer sa pension d’invalide militaire. «L’homosexualité, c’est des c..., je m’en fichais dans l’armée».
Le conservateur Arian Rogers en fait son cheval de bataille, sachant que les préjugés sont loin d’avoir totalement disparu. «Ne hissez pas le drapeau rose sur Exeter», proclame le programme de ce médecin de 49 ans qui a trouvé la foi chrétienne il y a une quinzaine d’années.
«Avant, j’étais un libéral. Je pratiquais des avortements et donnais la pilule aux moins de 16 ans», confie-t-il en détaillant son rejet de l’homosexualité, «stérile, toujours associée aux maladies, comme le sida, et condamnée par la plupart des religions».
«Le style de vie de Ben Bradshow n’a rien à voir avec les gens d’ici, durs au travail. Il fait du vélo et appartient au monde londonien des médias», déclare-t-il.
Il est également eurosceptique, favorable à la peine de mort et opposé à une société multiraciale. C’est justement sur cet extrémisme, apte à repousser l’électorat modéré, que comptent les travaillistes pour emporter la ville.
«Mon opposant est un véritable cadeau», reconnaît M. Bradshow.

