Cette région voisine de la frontière avec le Brésil recèle quelque 2.000 tumulus, d’un diamètre de 40 m et dont la hauteur varie entre deux et sept mètres, surnommés «monticules des Indiens». Ces derniers se concentrent surtout dans les zones basses et planes proches de la lagune de Merin.
Le ministère de l’Education et de la Culture d’Uruguay en a entrepris les fouilles.
Selon le quotidien El Pais de Montévideo, les premiers résultats de cette recherche laissent supposer qu’ils appartiennent «à une civilisation, qui était parvenue à réaliser des modifications de son environnement qui ont survécu plus de mille ans, ce qui atteste de son importance».
Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives concernant le passé lointain de cette partie du sous-continent américain et remet notamment en cause la conviction, qui se fondait sur les récits des Espagnols et Portugais du XVIe siècle, que le territoire de l’Uruguay était peuplé de tribus nomades et très primitives.
Les archéologues pensent que les habitants de cette région étaient des sédentaires, qu’ils avaient une organisation sociale élaborée, et étaient capables de transformer leur environnement bien qu’ils ignoraient la roue et les métaux.
Sépultures
L’érection de ces tumulus, qui étaient des sépultures soit d’enfants, de femmes ou d’hommes, obéissait à un rituel.
Les défunts étaient enterrés avec des objets et des restes d’animaux ayant une valeur symbolique. Ainsi, près du squelette d’un enfant, on y a trouvé au milieu d’un cercle parfait les mandibules d’un renard, des crânes de tatous, des morceaux de quartz et des valves de mollusques de grande taille.
Le plus souvent les corps étaient enterrés les jambes repliées. Toutefois, certains cadavres semblent avoir été jetés sans le moindre égard dans la sépulture ce qui pourrait indiquer, selon les archéologues, l’existence de castes sociales ou pour le moins de différences de statut entre les membres de la communauté. A moins, autre hypothèse, que ces corps fussent ceux de prisonniers capturés lors de luttes tribales.
Les recherches vont se porter maintenant, afin de mieux connaître la vie quotidienne dans cette civilisation, vers la découverte des restes de quelques villages qui probablement devaient être proches des zones sacrées où se déroulaient les rites.
Mais, déjà, on sait que le régime alimentaire était très varié, en raison de l’abondance d’animaux et de fruits dans cette zone humide. On estime que le plat préféré était le cerf.
La construction de chaque tumulus demandait l’utilisation de 10.000 tonnes de terre et de pierres qui étaient extraites à proximité du lieu d’édification, comme l’atteste la présence de cavités voisines. Ce matériau était transporté à l’aide de peaux.
L’existence de ce type de tumulus n’est pas propre à cette région. On en trouve d’analogues aux abords du Mississippi aux Etats-Unis, de l’Orénoque au Venezuela et de l’Amazone au Brésil.
Les archéologues uruguayens estiment qu’il a dû exister des contacts entre les différents groupes ethniques qui ont réalisé ce genre du tumulus, vu qu’il y a des coïncidences entre leurs systèmes de construction, l’époque à laquelle ils ont été érigés et leurs fonctions.

