«Le ministère de l’Intérieur m’a demandé de quitter la ville sous quinzaine. Je suis pourtant native d’al-Qods (Jérusalem), comme mon mari», a-t-elle expliqué lundi. Sans la «carte bleue», le permis de résidence délivré par les autorités israéliennes, la vie du couple, devenu clandestin dans sa propre ville, «est un cauchemar».
«Nous sommes au chômage forcé, nos trois enfants ne peuvent pas être scolarisés», a-t-elle affirmé lors d’une conférence de presse organisée à Jérusalem par B’Tselem et HaMoked, deux organisations israéliennes de défense des droits de l’homme.
Selon ces deux organisations, des centaines de Palestiniens sont dans le même cas que le couple et des milliers d’autres sont dans l’incertitude sur leur sort.
Privé de sa carte bleue, un Palestinien perd le droit de travailler et de circuler librement en Israël et à Jérusalem-Est, ainsi que la possibilité de bénéficier des assurances sociales et des allocations familiales.
«Inutile d’affréter des charters ou de mobiliser les camions de l’armée. L’administration israélienne a instauré un système de déportation massive, lente, sophistiquée et informatisée», a expliqué M. Youval Ginbar, responsable de B’Tselem.
Jurisprudence
Selon la municipalité, les personnes capables de prouver que la Ville sainte est le «siège de leur vie» n’ont rien à craindre. «Nous appliquons la loi et la jurisprudence», a indiqué un porte-parole municipal, rappelant un arrêt de la Cour suprême d’Israël de 1988 refusant la «carte bleue» à un Palestinien de nationalité américaine. Ce cas concerne au moins 71 personnes, a-t-on indiqué au consulat général américain de Jérusalem.
Toutefois, depuis 18 mois, les restrictions peuvent désormais concerner 50.000 à 80.000 Palestiniens qui, faute de logements à Jérusalem-Est où les prix flambent, ont été contraints de s’établir dans les banlieues en Cisjordanie.
Les étudiants qui se rendent dans les universités des pays arabes et reviennent dans le cadre des visites d’été peuvent également tomber sous le couperet de cette réglementation.
«Cette politique ravale au rang d’immigrants, des Palestiniens de Jérusalem qui ignoraient qu’en déménageant, ils compromettraient leur statut, alors qu’ils n’ont aucune patrie d’accueil», estime M. Ginbar.
«Ce règlement établit en outre une discrimination injuste avec les habitants juifs, qui peuvent s’exiler aussi longtemps qu’ils le souhaitent, puis revenir sans perdre leurs droits», ajoute-t-il. Il donne en exemple le premier ministre Benjamin Netanyahu, «né à Jérusalem et qui a vécu plus de dix ans aux Etats-Unis», fait-il remarquer ironiquement.
Selon lui, l’administration israélienne limite en outre les regroupements familiaux à Jérusalem. «Si une habitante de Jérusalem-Est épouse un Palestinien de Cisjordanie, elle devra presque fatalement le rejoindre, et non l’inverse, à cause du bouclage quasi permanent de la région», dit-il.
Le ministre de l’Intérieur Eli Souissa réplique qu’il y a beaucoup de demandes injustifiées et de faux. «Nous avons 8.000 dossiers sous le coude parmi lesquels nous avons découvert de nombreux mariages blancs», a-t-il affirmé lundi.
L’Etat hébreu cherche progressivement à modifier en sa faveur l’équilibre démographique à Jérusalem. Depuis 1967, il n’a construit que 600 logements au profit des 155.000 Palestiniens du secteur oriental arabe annexé. Il a en revanche érigé dix nouveaux quartiers juifs qui abritent désormais 170.000 habitants, avant de lancer le 18 mars le chantier très contesté de Har Homa, sur la colline d’Abou Ghneim.
Les Palestiniens reprochent à Israël de violer le processus de paix en modifiant par des faits accomplis la situation à Jérusalem-Est, dont ils ambitionnent de faire un jour leur capitale.

