Une chose est sûre: M. Mobutu, aux prises avec la rébellion de Laurent-Désiré Kabila, ne reviendra plus en Suisse où il a subi une opération en août dernier d’un cancer de la prostate puis effectué une partie de sa convalescence à Lausanne.
Franz Egle, chef de la communication au ministère fédéral des Affaires étrangères, a confirmé des informations de presse selon lesquelles M. Mobutu ne recevait plus de visa pour la Suisse où il possède une somptueuse villa près de Lausanne.
«C’est juste», a dit M. Egle, interrogé sur ces informations, en se refusant à toute explication sur la décision de Berne de ne plus permettre à M. Mobutu de venir en Suisse.
Lourde responsabilité
«On ne donne jamais de raison pour un visa», a-t-il dit. L’an dernier néanmoins, c’était officiellement pour des «raisons humanitaires» que le visa de M. Mobutu avait été prolongé durant sa convalescence, jusqu’à ce qu’en novembre, une nouvelle reconduction soit refusée tandis que M. Mobutu allait poursuivre son traitement en France.
Les milieux politiques avaient alors largement considéré ce refus comme une conséquence indirecte des violentes critiques subies par la Suisse dans l’affaire des fonds juifs du temps du nazisme restés dans les banques helvétiques.
L’éventuel blocage des avoirs en Suisse de M. Mobutu est du ressort du gouvernement fédéral, où le Parti socialiste est minoritaire.
Nombre d’observateurs en Suisse sont enclins à penser que M. Mobutu a, dès 1996, commencé à transférer ailleurs les avoirs personnels qu’il possédait dans la Confédération.
«Rien ne permet de dire que les fonds de Mobutu se trouvent dans les banques suisses», a déclaré la porte-parole de l’Association suisse des banquiers, Silvia Matile.
«Pour les banques suisses, les risques sont grands et la responsabilité lourde avec quelqu’un dont on sait qu’il n’est pas un client idéal depuis plusieurs années», a-t-elle ajouté.
Plusieurs précédents peuvent inciter à la prudence tant les banquiers suisses que les personnalités dépositaires de comptes.
On pense en particulier au blocage depuis dix ans d’un demi-milliard de dollars ayant appartenu au dictateur philippin Ferdinand Marcos, aujourd’hui décédé.
Imbroglio
juridique
Ces fonds, déposés auprès du Crédit suisse et de la Société de banque suisse (SBS), sont bloqués depuis la chute de Marcos, en 1986, mais n’ont toujours pas été restitués.
Ils font l’objet d’un imbroglio juridique entre Manille qui les réclame et 10.000 victimes du régime de Marcos auxquelles la justice américaine a attribué un droit à compensation.
Les banques suisses disent qu’elles veulent bien rendre cet argent mais ont d’abord besoin de savoir à qui, pour ne pas payer deux fois.
Un autre précédent est la saisie en 1996 dans plusieurs banques suisses de quelque 100 millions de dollars déposés par Raul Salinas, frère de l’ancien président mexicain Carlos Salinas, sous le soupçon que cet argent provenait de trafiquants de drogue.
Cette accusation a été constamment niée par Raul Salinas, emprisonné au Mexique pour une autre affaire.
Les comptes bancaires totalement anonymes n’existent pas en Suisse, car même si un compte n’est connu à l’extérieur que par un code ou un numéro, la direction de la banque concernée sait qui est son propriétaire.
De plus, la loi fait obligation aux banques suisses de déclarer aux autorités les dépôts qui leur paraissent suspects, au regard du blanchiment d’argent sale.
Enfin, et en dépit de la rigueur du secret bancaire en Suisse, une «entraide judiciaire» peut être demandée depuis l’étranger pour connaître les mouvements d’un compte dans les affaires pénales ou criminelles. Toutefois cette procédure se prête à des recours répétés, qui peuvent prendre des années.

