Après l’hiver où la température descend ici parfois à moins 40, Akmola (ex-Tselinograd) perdue dans le Grand Nord kazakh se prépare cette année à une autre épreuve, celle des grands travaux et du chambardement politique et architectural qui métamorphoseront cette cité des steppes en capitale du Kazakhstan.
A côté d’un socle vide qui porta naguère Lénine pointant son doigt vers «un avenir radieux» et derrière un grand bâtiment de 17 étages, une yourte en briques de six mètres de hauteur n’attend plus que quelques coups de peinture avant d’accueillir les députés de cette république musulmane centrasiatique.
Des affiches secouées par le vent violent de la steppe scandent «la future beauté de la capitale Akmola», la Tombe blanche en langue kazakhe.
«Ce nom ressemblait à l’éternité», dit, dans un regret, Bolembaï, vieux kazakh au visage tanné, qui bat la semelle devant l’unique grand magazin d’Akmola. Mercredi dernier, la télévision officielle a annoncé qu’Akmola serait prochainement rebaptisée «Kazakhstan», capitale du pays du même nom.
«Au moins quand ce sera la capitale, j’espère qu’on aura du chauffage», ajoute-t-il. Dans la plupart des villes du nord du Kazakhstan, le chauffage marche faiblement pendant la saison froide.
Une beauté relative
La «beauté» d’Akmola reste encore relative. L’histoire n’en a pas fait une merveille architecturale, et les chantiers la défigurent aujourd’hui.
Des cosaques, venus bâtir un bourg de garnison, fondèrent la cité en 1830 et la baptisèrent Akmolinsk.
Puis, à l’époque soviétique, la ville pris le nom de Tsélinograd (ville des terres vierges) et fut entourée d’un des plus vaste goulags staliniens comprenant notamment un camp pour les femmes. Après l’indépendance du Kazakhstan proclamée fin 1991, Tsélinograd devient Akmola.
Aujourd’hui, à l’heure de la nouvelle capitale, les cosaques sont restés: sur 280.000 habitants, entre 60 et 70% sont des Russes.
«Je crains que les riches kazakhs d’Almaty (la capitale actuelle) ne viennent ici avec leur argent et leur Mercédès», confie Nina, Russe de 62 ans en lissant de la main la laine élimée de son gilet.
Nina est vendeuse dans un magasin. «Mes enfants sont déjà à Omsk (en Sibérie), la seule raison pour laquelle je reste est mon travail», ajoute-t-elle.
Selon elle, face à la probable arrivée de milliers de fonctionnaires kazakhs de souche dans les mois à venir, plusieurs familles de Russes ont dernièrement fait leurs bagages pour rentrer dans leur patrie, plus au nord.
Tout change à Akmola, même les arbres. Les autorités kazakhes ont décidé de couper les feuillus, dont les feuilles mortes et le duvet des fleurs sont arrachés par le vent déferlant de la steppe, et de les remplacer par des conifères. 5.000 hectares de sapins seront ainsi plantés autour d’Akmola et dans ses rues pour constituer un rempart naturel contre le vent.
«Les sapins, c’est costaud et ça ne s’entretient pas», explique sur la route de l’aéroport Sérik Békbaïev, bûcheron, appliqué pour l’heure à décapiter un peuplier.
Le palais du président sera édifié loin de la ville, dans une forêt de conifères naissante. «Nous fêterons le Nouvel An 1998 à Akmola», a lancé en janvier Noursoultan Nazarbaïev, président du Kazakhstan.

