La discrimination fondée sur le sexe se traduit par des restrictions considérables du droit des femmes à se déplacer librement et pour les Afghanes, «il s’agit d’un véritable emprisonnement», selon le document.
Les informations recueillies à Kaboul, Herat, Kandahar et Mazar-i-Sharif, où le rapporteur spécial Choong-Hyun Paik a séjourné en janvier, mettent l’accent sur «la triste condition de femmes» victimes d’une discrimination sexuelle.
Souvent prises à partie violemment lorsqu’elles sortent sans être accompagnées de proches de sexe masculin, leur accès aux transports est restreint et elles ne peuvent se rendre dans les hôtels même pour des mariages.
La contrainte de porter le voile est rendue plus pesante par le coût des burgas, équivalant au traitement mensuel d’un fonctionnaire.
A Kaboul, des femmes dont le voile a été jugé trop court «auraient été battues» et 150 femmes qui protestaient le 21 décembre dernier à Herat contre la fermeture de ces bains réservés aux femmes est «l’une des mesures les plus dégradantes observées jusqu’ici», selon le rapporteur.
Les infrastructures étant largement détruites, le hammam était en effet souvent le seul endroit où les femmes pouvaient se laver avec de l’eau chaude et les médecins rencontrés par le rapporteur sud-coréen «redoutent des épidémies de gale et une recrudescence de maladies gynécologiques et respiratoires».
Le rapport ajoute que nul n’a le droit de photographier des femmes pas même les photographes professionnels.
L’interdiction par la milice religieuse des taliban d’employer de la main d’œuvre féminine a été lourde de conséquences en Afghanistan où 40.000 femmes étaient fonctionnaires à Kaboul, où elles représentaient 70% du corps enseignant et 40% des médecins.
Après la prise de Kaboul il leur a été demandé de ne plus se rendre à leur travail en attendant la mise en place de condition conforme aux règles de l’Islam.
On leur a indiqué qu’elles percevraient tout de même leur salaire, «mais elles ont été payées en petites coupures qui n’étaient plus acceptées sur le marché», selon le rapporteur.
Des milices talibanes font la tournée des bureaux pour s’assurer qu’aucune femme n’y travaille. Dans le secteur de la santé, où l’emploi féminin est partiellement possible, le code vestimentaire islamique est très strictement appliqué. Et les jeunes femmes n’ayant plus accès à l’éducation, le rapporteur craint «une grave pénurie dans quelques années de femmes médecins pour soigner les femmes».
Le procureur général des taliban à Kaboul a refusé de rencontrer le personnel féminin de l’ONU accompagnant le rapporteur.
A Kandahar, le président du conseil des ulémas a déclaré au rapporteur: «Le Coran nous enseigne que les femmes doivent rester à la maison (...). Dans d’autres pays on force les femmes à travailler mais dans le nôtre les hommes servent les femmes».
Le taux d’alphabétisation supérieur à 75% en Afghanistan est un des plus élevés au monde. L’Afghanistan est classé 170e sur 174 par l’indicateur de développement humain de l’ONU, avec notamment un des taux de mortalité infantile et maternelle les plus élevés du monde.

