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Actualités - Chronologie

Al-Jazira, une télévision qui dérange dans le Golfe

DUBAI, 10 Avril (AFP). — Donner la parole à un pilote transfuge d’un pays «frère», critiquer en direct un autre Etat de la région, débattre de sujets tabous: la nouvelle télévision satellitaire quatariote «Al-Jazira» se démarque des autres chaînes nationales et dérange ses voisins.
«Certes, nous dérangeons mais nous avons opté délibérément pour la liberté d’expression», déclare M. Mohammed Jassem el-Ali, directeur d’«Al-Jazira» qui se veut «la première chaîne arabe indépendante».
Depuis son lancement, en novembre 1996, la chaîne qatariote n’a pas cessé d’irriter les autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), où l’information est strictement contrôlée par les autorités.

Mardi soir, lors de l’émission «Direction opposée», qui fait sensation dans la région, le rédacteur en chef du quotidien «Yemen Times», Abdelaziz Saqqaf, avait accusé l’Arabie Séoudite, chef de file du CCG, de provoquer l’instabilité au Yémen.

La semaine dernière, le Koweit a vivement protesté auprès du gouvernement de Doha à la suite d’un débat en direct à «Al-Jazira» au cours duquel des auditeurs ont stigmatisé «le régime koweitien corrompu» pour son attitude à l’égard de l’Irak. D’autres ont dénoncé «la dictature» du régime irakien.

Pas de censure

En décembre dernier, alors que Qatar et Bahrein étaient en mauvais termes, «Al-Jazira» avait donné la parole à un pilote bahreini, membre de la famille régnante à Manama, qui avait fait défection à Qatar où il avait demandé l’asile politique.

Le pilote avait alors dénoncé «les injustices» au sein de l’armée de l’air bahreinie.

Un responsable d’«Al-Jazira», qui a requis l’anonymat, a affirmé que le sultanat d’Oman avait également fait part aux autorités de Doha de son irritation. Mascate craint que cette liberté d’expression n’affecte les relations des pays du CCG qui regroupe aussi les Emirats arabes unis et l’Arabie Séoudite.
En mars, «Al-Jazira» avait provoqué un tollé après avoir diffusé un débat sur la polygamie au cours duquel une femme député jordanienne, Toujan Fayçal, avait dénoncé cette pratique autorisée par l’islam. L’émission avait été violemment dénoncée par les prédicateurs dans les mosquées de Qatar et par le journal islamiste séoudien «al-Mouslimoun».
«Notre objectif n’est pas le dénigrement. Nous cherchons à exposer les idées et à les discuter en toute liberté et objectivité, n’en déplaise à certains», explique M. Ali Mohammed Kamal, directeur commercial à «Al-Jazira».
«Nous ne sommes pas soumis à la censure et ne sommes liés à aucune partie gouvernementale», affirme pour sa part M. Mahmoud Abdelaziz Sahlaoui, vice-président du conseil d’administration, présidé par cheikh Hamad Ben Thamer al-Thani, ancien sous-secrétaire d’Etat à l’Information et à la Culture.
M. Sahlaoui a toutefois précisé qu’«Al-Jazira» était subventionnée par le gouvernement à hauteur de 2,66 millions de dollars par an. Selon lui, la chaîne qui diffuse présentement à raison de six heures par jour, a alloué près de 1,3 md USD à son expansion au cours des cinq prochaines années.
Pour le moment, elle diffuse exclusivement des informations, des documentaires et des débats en direct. Point de chansons, de feuilletons ou de matches de football, ce qui tranche déjà avec les autres chaînes dans la région.
Mais ce nouveau son de cloche n’attire pas que les critiques. «Les Arabes ont bien besoin de ce genre de chaînes satellitaires», a relevé M. Nasr Nassar, directeur de programmes à la chaîne à capital séoudien «Arab Radio Television» (ART), basée en Italie.
«C’est une expérience avant-gardiste qui mérite d’être encouragée», a pour sa part estimé M. Nassib Bitar, directeur des programmes à la radio-télévision de Dubaï.
DUBAI, 10 Avril (AFP). — Donner la parole à un pilote transfuge d’un pays «frère», critiquer en direct un autre Etat de la région, débattre de sujets tabous: la nouvelle télévision satellitaire quatariote «Al-Jazira» se démarque des autres chaînes nationales et dérange ses voisins.«Certes, nous dérangeons mais nous avons opté délibérément pour la liberté d’expression», déclare M. Mohammed Jassem el-Ali, directeur d’«Al-Jazira» qui se veut «la première chaîne arabe indépendante».Depuis son lancement, en novembre 1996, la chaîne qatariote n’a pas cessé d’irriter les autres pays du Conseil de coopération du Golfe (CCG), où l’information est strictement contrôlée par les autorités.Mardi soir, lors de l’émission «Direction opposée», qui fait sensation dans la région, le rédacteur en...