PRETORIA, 8 Avril (AFP). — Les négociations de paix entre représentants de Kinshasa et des rebelles zaïrois se sont poursuivies mardi pour la quatrième journée consécutive sous le signe de l’optimisme du côté sud-africain. «Il y a des raisons d’être optimiste», a déclaré Thami Ntenteni, le porte-parole du vice-président sud-africain Thabo Mbeki.
M. Mbeki a participé sans discontinuer depuis samedi aux pourparlers entre délégations du président Mobutu Sese Seko, dirigée par le ministre sortant des Affaires étrangères Gérard Kamanda Wa Kamanda et celle des rebelles de Laurent Désiré Kabila, menée par le représentant des relations internationales Bizima Karaha.
Le vice-président sud-africain quittera mercredi le sol sud-africain pour se rendre à Washington, a indiqué M. Ntenteni. «Il est possible qu’il ait une rencontre avec le président Bill Clinton, le vice-président Al Gore et des membres du Sénat», a précisé le porte-parole.
La journée de mardi a commencé par des négociations directes entre délégations réunies au complet autour d’une table aux côtés de M. Mbeki et des deux coprésidents de cette conférence de paix: l’envoyé spécial de l’ONU et de l’OUA Mohamed Sahnoun et le vice-ministre des Affaires étrangères Aziz Pahad, a indiqué le porte-parole des Affaires étrangères Pieter Swanepoel.
Les travaux ont ensuite été interrompus pour leur permettre de prendre un petit déjeuner, a-t-il ajouté.
La journée de lundi avait été consacrée à des contacts informels, au cours desquels les chefs de délégations avaient «procédé à des échanges de vues» ensemble ou séparément avec MM. Mbeki, Sahnoun et Pahad.
Les négociations de paix, axées sur le plan de l’ONU et de l’OUA en cinq points qui prévoit d’abord la proclamation immédiate d’un cessez-le-feu, se déroulent dans un endroit secret en Afrique du Sud. Tous les participants, selon des sources informées, sont retranchés dans un centre de vacances depuis samedi. L’ouverture des négociations avait été marquée par une cérémonie dans les bâtiments gouvernementaux des Union Buildings à Pretoria.
Par ailleurs, le chef de la rébellion, Laurent-Désiré Kabila, est arrivé à Mbuji-Mayi, la «capitale du diamant», fief de son rival Etienne Tshisekedi.
Les relations entre les deux hommes se sont nettement détériorées après que M. Tshisekedi eut accepté jeudi dernier de devenir le premier ministre du maréchal Mobutu Sese Seko, au pouvoir depuis plus de trois décennies.
L’opposant de Kinshasa a proposé six postes à la rébellion dans son nouveau gouvernement, dont la Défense et les Affaires étrangères, tendant ainsi la main à son «frère Kabila».
La réponse du rebelle de Goma a été cinglante et sans appel: «Tshisekedi était mon frère quand il était dans l’opposition». Pour M. Kabila, l’opposant «historique» fait désormais partie de la «clique mobutiste».
Cette aggressivité a déjà fait grincer les dents à Goma, ville frontalière du Rwanda, où la rébellion a installé son quartier-général. Si le leader rebelle réitère ces attaques à Mbuji-Mayi, la réaction populaire risque d’être plus épidermique.
Les personnes interrogées dans la «capitale du diamant» sont unanimes: Kabila et Tshisekedi doivent s’entendre. «Nous sommes très contents que les libérateurs soient là», s’enflamme un jeune homme à l’aéroport, tout en soulignant le travail de fond effectué depuis des années par les hommes de Tshisekedi sur le terrain.
Interrogé sur les dernières déclarations du chef rebelle, le jeune homme semble gêné. Après un silence, il admet que cela lui a «fait mal» et tente de se convaincre que M. Tshisekedi a eu raison d’accepter le poste de chef du gouvernement.
Et si Kabila et Tshisekedi ne s’entendent pas? Silence de nouveau. «Non, ils vont s’entendre, c’est sûr», lâche-t-il d’une voix mal assurée.
Juriste de formation, M. Tshisekedi a depuis dix ans toujours refusé de prendre les armes contre le régime du maréchal Mobutu, privilégiant une voie légaliste. Cet acharnement lui a valu une certaine popularité dans l’ensemble du pays.
Sorti de l’ombre il y a six mois à peine, M. Kabila a certes participé à la rébellion de 1964-65 mais son brutal retour sur le devant de la scène et ses «amitiés» rwandaises et ougandaises soulèvent de nombreuses interrogations.
Plus qu’un président Mobutu affaibli par un cancer de la prostate, c’est donc M. Tshisekedi qui peut encore barrer la route de Kinshasa au leader rebelle.
M. Kabila récupèrera-t-il ou non les militants de son rival? Mbuji-Mayi fera fonction de test, un test d’autant plus important que l’avancée militaire rebelle ne peut se faire sans adhésion populaire.


La France soutient un cessez-le-feu, se « tient à disposition », déclare Macron