Le discours le plus alarmiste à ce jour est venu mardi du parlementaire américain Tony Hall qui, citant des estimations des organisations humanitaires sur place et du département d’Etat américain, a évoqué dans une déclaration écrite «six à huit millions» de personnes risquant de mourir de faim.
«Des preuves d’une famine rampante à grande échelle sont partout où l’on fait un effort pour regarder», a ensuite dit M. Hall devant la presse après une mission d’évaluation sur place de quatre jours. «La Corée du Nord fait face à un désastre de proportions gigantesques».
«J’ai vu assez de disettes dans ma vie pour dire que la Corée du Nord s’enfonce rapidement dans l’enfer d’une grave famine», a-t-il ajouté.
Affirmant qu’il avait été libre de choisir son itinéraire dans le nord du pays et de s’arrêter à l’improviste dans des villages pour discuter avec les habitants par l’intermédiaire d’un médecin américain parlant coréen, M. Hall a donné des détails sur les signes de malnutrition, surtout chez les enfants.
Hideshi Takesada, expert de la Corée du Nord à l’Institut japonais d’études de défense, souligne qu’en dépit de ces propos, il demeure beaucoup de zones d’ombres sur la situation alimentaire réelle.
«La Corée du Nord est un pays très secret. Les chiffres les plus divers ont circulé sur la pénurie. Je suis d’avis que les étrangers ne sont pas en mesure de savoir exactement ce qui s’y passe réellement», souligne-t-il.
Même s’ils ont l’impression d’être libres de leurs mouvements, «les étrangers ne peuvent voir que ce que l’on veut bien leur montrer» car l’information est soigneusement manipulée par des autorités passées maîtres dans l’art de s’en servir comme d’une arme politique, dit-il.
Crise
M. Takesada explique que le contrôle social est tellement strict en Corée du Nord que les autorités peuvent éviter une catastrophe soudaine et de grande ampleur.
«Une crise se prépare. Nous sommes tous d’accord sur ce point», a souligné mardi au téléphone Karl Gren, directrice du Programme alimentaire mondial des Nations Unies à Pyongyang. Les besoins urgents sont évalués à 1,1 million de tonnes, a-t-elle rappelé.
Elle a cependant souligné la difficulté de connaître la situation d’ensemble. «Les chiffres ne sont pas faciles à obtenir», a-t-elle dit. Les stocks gouvernementaux devraient suffire pour poursuivre les distributions de maigres rations en avril et mai.
En Corée du Nord, les réseaux de distribution de l’Etat par les cantines obligatoires et la distribution de rations alimentaires qui existent depuis des années permettent une «planification» de la pénurie, soulignent les analystes.
A Séoul, M. Suh Jae-Jean, chercheur à l’Institut de la réunification coréenne, a estimé que la famine était désormais structurelle. «Les décès du fait de la faim, rapportées dans des régions éloignées, vont peu à peu s’étendre à travers le pays», a-t-il dit.
L’ONU a demandé lundi une aide alimentaire d’urgence de 126 millions de dollars pour ce pays. Washington et Séoul ont exprimé leur intention de répondre à cette nouvelle demande.
Pyongyang a affirmé que personne n’était mort de faim jusqu’à présent.

