«L’Etat n’est pas en mesure de protéger la population, et c’est pour cela qu’il est difficile de dire aux gens de rendre leurs armes», a admis Lush Perpali, vice-ministre de l’Intérieur.
«Ce sont les bandes de criminels qui ont essentiellement profité du pillage des casernes. Leur activité est très inquiétante, ils n’hésitent pas à s’attaquer à la police elle-même», a-t-il ajouté.
Alors que le soulèvement armé contre le régime d’une partie de la population, en particulier dans le sud, donne des signes d’essoufflement et que s’éloigne le spectre d’une guerre civile, des bandes de malfaiteurs font régner la peur et le chaos dans le pays.
Trois policiers ont été criblés de balles à Vlora (sud), épicentre de la contestation contre le régime du président Berisha, où la mafia traditionnellement bien implantée s’est considérablement renforcée à la faveur de la crise.
L’un des malfaiteurs a été blessé à la tête: ses complices ont brièvement pris en otages trois médecins italiens arrivés la veille dans l’hôpital de la ville et exigé puis obtenu son évacuation en Italie à bord d’un hélicoptère de l’armée italienne.
Moral très bas
Un policier en faction devant une banque à Burrel (nord) a été abattu sans sommation. La veille, un membre des forces de l’ordre a péri alors qu’il gardait une station d’essence à Tirana.
Des automobilistes, des passants, des enfants, des commerçants, des employés de station- service sont tombés au cours des derniers jours sous les balles des gangsters.
«Les policiers sont mal équipés et doivent affronter des malfaiteurs dotés d’armes de guerre, a ajouté M. Perpali. Leur moral est très bas. Nous avons triplé leur paie, mais de nombreuses préfectures n’ont pas reçu l’argent des salaires car nous devons nous organiser pour protéger les transports de fonds».
«Les bandes armées sont mieux armées que nous», se désole un responsable de la police de Vlora, Izet Kuçi. «Nous avons demandé des renforts et des blindés à Tirana mais rien n’est encore arrivé. Si ça continue, nous allons tous démissionner», menace-t-il.
Le vice-ministre de l’Intérieur a assuré être parvenu à envoyer quelques gilets pare-balles au commissariat de la ville.
Lors du pillage de tous les arsenaux de l’armée, la foule s’est emparée de fusils ou de pistolets-mitrailleurs, mais aussi de mitrailleuses lourdes, de lance-roquettes, de mines, de missiles: autant d’armes qui n’intéressent pas l’homme de la rue, incapable de s’en servir, mais peuvent se révéler redoutables entre les mains de truands aguerris.
«Beaucoup de ventes ou d’échanges d’armes ont lieu dans tout le pays en ce moment», précise Lush Perpali.
Une explosion de la criminalité compromet l’objectif de récupération des armes pillées avant les élections législatives prévues en juin.
«En dehors des criminels, beaucoup de gens ont pris des armes pour défendre leur maison ou leur magasin», explique M. Perpali.
Faiblesse de l’Etat
Face au défi lancé par les gangs à l’autorité de l’Etat (certains experts occidentaux redoutent la création d’une «Colombie au cœur de l’Europe»), le salut ne pourra venir, selon Tirana, que d’une aide internationale.
«Nous avons demandé une assistance technique, l’envoi de conseillers pour restructurer les forces de l’ordre, l’envoi de matériels», précise le vice-ministre de l’Intérieur.
Mais selon lui rien ne sera possible sans l’intervention, qu’il assure «temporaire», d’une force internationale.
Des sources diplomatiques à Vienne ont indiqué que l’OSCE avait l’intention de créer une mission à long terme en Albanie dont les activités seront protégées par une force multinationale sous mandat de l’ONU.
Selon ces sources, cette force sera composée de «pays de bonne volonté» (dont l’Italie et la Grèce) qui ont exprimé au Conseil permanent de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, le souhait d’obtenir «le feu vert» du Conseil de Sécurité de l’ONU avant de s’engager sur le terrain.

