Le médiéviste français George Duby avait publié en 1980 «L’an mil» puis en 1995, «An 1000 An 2000. Sur les traces de nos peurs». Pour lui, les gens qui vivaient il y a huit ou dix siècles «n’étaient ni plus ni moins inquiets que nous. Les historiens du XIXe ont imaginé que l’approche du millénaire avait suscité une sorte de panique collective, que les gens mouraient de peur, qu’ils bradaient tout ce qu’ils possédaient. C’est faux».
L’historien, mort en décembre 1996, explique que l’on ne dispose que d’un seul témoignage. «Abbon, un moine de l’abbaye de Saint-Benoit-sur-Loire, écrit: «On m’a appris que, dans l’année 994, des prêtres dans Paris annonçaient la fin du monde». Le moine dont je parle, poursuivait Duby, écrit quatre ou cinq ans plus tard, juste avant l’an mil: «Ce sont des fous (…) Jésus l’a dit, on ne saura jamais ni le jour ni l’heure. Prédire l’avenir, prétendre que cet événement terrifiant que tout le monde attend va se produire à tel moment, c’est aller contre la foi».
Un autre chroniqueur français, Sigebert de Gembloux, parle de l’an 1000 comme d’une année tragique, mais il écrivait au XIIe siècle.
Cependant, explique Duby, «il existait à la fin du premier millénaire une attente permanente, inquiète de la fin du monde», l’Apocalypse de Saint Jean faisant référence aux 1000 ans à l’issue desquels l’Antéchrist surgirait dans un déferlement de catastrophes naturelles».
Il y eut bien, selon des chroniqueurs, des pluies diluviennes, l’apparition d’une comète en 1014, des combats d’étoiles. En 1033, année du millénaire de la Passion,rapporte le chroniqueur français Raoul Glaber cité par Duby, «le soleil prit la couleur du saphir (…), alors une stupeur et une épouvante immenses s’emparèrent du cœur des hommes».
Autre cause de frayeur, les épidémies comme le mal des ardents, ou la famine, comme en Bourgogne (centre) en 1033: «Une faim enragée poussa les hommes à dévorer de la chair humaine», raconte Galber. Enfin, dernier «avertissement», la destruction du Saint-Sépulcre à Jérusalem, en 1009.
Pour Jean Favier, auteur du «Dictionnaire de la France médiévale, «l’époque était marquée par l’attente d’événements importants, compréhensibles dans une société perturbée par les hérésies». «L’importance des entreprises architecturales suffit cependant à prouver que dans leur grande imagination, les hommes de cette génération ont délibérément confiance dans leur avenir».
Duby constate que «l’Apocalypse suscitait la crainte, mais aussi l’espérance». «Les gens avaient donc l’espoir que, passé une période de troubles terribles, l’humanité irait soit vers le Paradis, soit vers ce monde, délivré du mal, qui devrait s’instaurer après l’arrivée de l’Antéchrist».
C’est au XVe siècle que paraît «la première description des terreurs de l’an 1000», explique Duby». Aux XVIIe et XVIIIe siècles, commence l’exploration du Moyen-Age décrit comme une «époque obscure, asservie, mère de toutes les superstitions gothiques que commençaient alors à dissiper les Lumières».


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