L’un des plus proches collaborateurs de l’ancien président socialiste, son ministre du Budget Michel Charasse, a ainsi affirmé que M. Mitterrand avait ordonné ces écoutes en raison des «menaces sérieuses» ayant pesé dans le passé sur sa fille naturelle Mazarine dont l’existence était tenue secrète à l’époque, ainsi que sur ses deux fils Jean-Christophe et Gilbert.
Dans des interviews au quotidien régional l’Est Républicain puis à la radio RMC samedi soir, M. Charasse a affirmé que des «tueurs projetaient d’enlever» Mazarine, «dont l’existence était connue dans quelques cercles parisiens et surtout chez les tueurs qui projetaient de l’enlever, de faire un chantage sur son père, voire de la tuer».
Mais M. Charasse explique aussi ces écoutes ciblant plusieurs centaines de personnalités — avocats, journalistes, hommes politiques et écrivains — par les besoins de la lutte antiterroriste.
«Si vous apprenez qu’un journaliste fréquente des terroristes, parce qu’il enquête sur le terrorisme, c’est la moindre des choses qu’on essaye de savoir ce qu’il peut avoir comme renseignements», a-t-il observé.
«Si vous apprenez qu’un avocat qui a disparu pendant neuf ans rentre subitement et défend Carlos le terroriste, vous le mettez sur écoutes», a ajouté M. Charasse.
Il faisait allusion au journaliste du Monde, Edwy Plenel, mis sur écoute après ses retentissantes révélations sur l’affaire du Rainbow Warrior, le navire de Greenpeace coulé en 1985 par les services secrets français en Nouvelle Zélande ainsi qu’à Me Jacques Vergès.
Le quotidien Le Monde et l’hebdomadaire l’Express ont révélé la semaine dernière, en s’appuyant sur des documents des archives secrètes de Christian Prouteau, l’ancien chef de la cellule antiterroriste élyséenne qui agissait dans l’ombre de 1982 à 1988, que le président socialiste défunt était le véritable ordonnateur de ces écoutes.
Des compte-rendus d’écoutes découverts portent la mention «vu» de la main du président Mitterrand, décédé en janvier 1996.
Le scandale était connu depuis 1993, mais l’implication personnelle de M. Mitterrand dans ces écoutes, largement soupçonnée, n’avait pas été prouvée. Onze personnes, dont M. Prouteau et d’anciens hauts responsables socialistes, restent inculpées dans cette affaire.
Entendu par la justice, M. Prouteau s’abrite derrière le secret défense, principe que le premier ministre gaulliste Alain Juppé a confirmé en fin de semaine en refusant de relever du secret défense l’ancien directeur de Cabinet de François Mitterrand, Gilles Ménage, inculpé dans ce dossier.
Cette attitude de l’exécutif est contestée par la presse et jusqu’au sein de sa majorité.
«La cachotterie, élevée en système de gouvernement, entretient les rumeurs», écrivait le Journal du Dimanche, alors que le président de l’UDF (droite libérale, deuxième composante de la coalition au pouvoir) François Léotard, estimait qu’on ne devait «pas protéger l’Etat par des barrières artificielles».
«A-t-on le droit d’écouter un citoyen simplement parce qu’il écrit ou parce qu’il est journaliste», a demandé l’ancien ministre de la Défense, en réclamant que «notre réaction soit à la mesure d’une atteinte grave aux libertés individuelles qui est ainsi commise».
De son côté, le numéro deux du Parti socialiste, Daniel Vaillant, s’est dit dimanche «choqué» de voir que ces archives sont «ouvertes et que, malgré le secret défense, elles sont chez le juge et se retrouvent dans la presse», parlant d’un dysfonctionnement.

