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Actualités - Chronologie

Albanie : les rodeurs du désespoir

TIRANA, 6 Avril (AFP). — Ils rôdent, mains dans les poches et regards aux aguets, dans le quartier des ambassades. Sans savoir vraiment comment, Fatbaradh et Ylli sont sûrs que lorsque l’occasion de fuir à l’étranger se présentera, ils sauront la saisir.
Ce sont deux consins de 20 et 21 ans, descendus il y a quatre ans, avec leurs frères aînés, des ingrates montagnes du Nord vers le mirage de Tirana.
«On avait dix-sept ans, la télévision parlait d’investissements étrangers, de grands mouvements économiques dans la capitale. Chez nous, ce ne sont que rochers. Les parents survivent en cultivant le jardin», explique Fatbaradh, mèches châtain et yeux clairs. «Mais on a vite compris que ce n’était que de la propagande».
Comme ces milliers de jeunes gens qui regardent s’allonger les jours aux coins des rues, les deux cousins avaient perdu bien avant la crise actuelle tout espoir de trouver un travail stable en Albanie.
Ils égrennent la liste des emplois temporaires, occupés quelques jours ou quelques semaines: manutentionnaires, serveurs, gardes. 80 dollars les bons mois; presque rien, en dehors de l’indéfectible solidarité familiale, les mauvais mois.
Ylli précise que leurs deux familles ne comptent, rareté dans ce pays d’émigration, aucun membre à l’étranger. «Ceux qui reçoivent des dollars, on le remarque au premier coup d’œil».
Très vite, la décision d’émigrer s’impose. Plus de la moitié des Albanais s’est déjà expatriée, le chaos qui a submergé le pays en février a ruiné les dernières espérances des deux cousins.
«Je suis passé quatre fois en Grèce», raconte Fatbaradh Mehmeti. «Douze jours de marche dans la montagne pour arriver à Salonique. Mais je parle mal le grec, et quand vous arrivez à pieds, vous êtes dans un tel état que les flics ne vous ratent pas. Jamais plus de trois jours avant de me faire expulser. Mais si rien d’autre ne marche, je vais recommencer».
Ylli Gosturani a rempli sans illusions un formulaire de demande de visa américain. Refusé. «Pour nous, le rêve de tous les instants, c’est l’Occident», assure-t-il.
Il montre du menton la bannière étoilée qui flotte dans l’enceinte diplomatique, surplombant des sacs de sable derrière lesquels un Marine veille, mitrailleuse en batterie. «L’Amérique, ce serait le paradis. Bien sûr, nous savons qu’il y a le chômage et nous savons aussi qu’un Albanais au noir, cela se paie mille fois moins qu’un Américain, un Français ou un Italien mais nous sommes prêts à cela».
Depuis quelques jours, une folle rumeur court la ville: l’ambassade américain va ouvrir, accorder des visas. De petits groupes pourchassés par la police tentent de rester aux abords, attendant on ne sait quoi.
En 1990 et 91, les grilles de plusieurs ambassades avaient été franchies par des milliers de candidats à l’exil qui étaient parvenus, après des semaines d’attente, à être évacués vers plusieurs pays occidentaux.
«Un jour, nous serons assez nombreux pour entrer de force», assure Fatbaradh. «Si nous sommes des milliers, la police ne tirera pas. Je suis prêt à tenter ma chance, même s’il y a du danger».
Ylli approuve. Paradoxe apparent, il est depuis un mois membre de la «garde nationale», ces auxiliaires de police. Pour 270 dollars mensuels, promis mais pas encore versés, il a reçu un pistolet, une kalachnikov et aucune formation.
«Le plus simple et le plus juste», conclut Ylli, «ce serait qu’on accorde des visas à ceux qui, comme nous, n’ont personne à l’Ouest. Pour pouvoir faire vivre nos familles. Malgré tout, nous aimons notre pays; nous voulons partir pour lui apporter quelque chose. Vous, dans votre confort, ne nous regardez pas comme un spectacle. Nous coulons, aidez-nous».
TIRANA, 6 Avril (AFP). — Ils rôdent, mains dans les poches et regards aux aguets, dans le quartier des ambassades. Sans savoir vraiment comment, Fatbaradh et Ylli sont sûrs que lorsque l’occasion de fuir à l’étranger se présentera, ils sauront la saisir.Ce sont deux consins de 20 et 21 ans, descendus il y a quatre ans, avec leurs frères aînés, des ingrates montagnes du Nord vers le mirage de Tirana.«On avait dix-sept ans, la télévision parlait d’investissements étrangers, de grands mouvements économiques dans la capitale. Chez nous, ce ne sont que rochers. Les parents survivent en cultivant le jardin», explique Fatbaradh, mèches châtain et yeux clairs. «Mais on a vite compris que ce n’était que de la propagande».Comme ces milliers de jeunes gens qui regardent s’allonger les jours aux coins des rues, les...