Mais si l’exercice relève généralement de l’incantation, la stabilisation de la reprise économique et, surtout, l’annonce faite jeudi par Helmut Kohl qu’il était candidat à sa propre succession en 1998 sont de nature à balayer les doutes sur le lancement de l’Union économique et monétaire (UEM) en 1999.
«Le scénario du report est mort», a déclaré un diplomate avant la réunion des «grands argentiers» des Quinze, vendredi soir et samedi à Noordwijk, sur la côte entre La Haye et Amsterdam. «Le chancelier Kohl est le pilote dans l’avion».
Les incertitudes nées des difficultés rencontrées par l’Allemagne pour respecter le critère-clé du traité de Maastricht, un déficit maximal de 3,0% du PIB, sont certes limitées, les marchés croyant encore au respect de l’échéance.
Seuls quelques hommes politiques, comme le chef de la diplomatie italienne Lamberto Dini, continuent d’ailleurs à caresser l’idée d’un report d’une année pour étaler les coupes budgétaires, mais pour aussitôt rappeler que c’est impossible.
La contestation de l’autorité d’Helmut Kohl, qui est au pouvoir depuis 1982, constitue toutefois un facteur aggravant, dans la mesure où seul le chancelier a jusqu’ici permis de remettre les pendules à l’heure lorsque certains de ses ministres, et non des moindres, évoquaient un report de l’UEM.
Il l’a refait une fois de plus jeudi en annonçant qu’il briguerait un nouveau mandat en 1998: l’Allemagne respectera les critères de Maastricht malgré les difficultés et l’euro sera lancé à la date prévue du 1er janvier 1999, a-t-il martelé.
La méthode Coué pourrait néanmoins s’avérer insuffisante si l’Allemagne ne parvient pas à limiter son déficit sous la barre des 3,0% du PIB en 1997, année dont les performances seront utilisées pour sélectionner les participants à l’UEM.
Même si Claudia Randzio-Plath, un député social-démocrate allemand qui préside la commission monétaire du Parlement européen, estime que l’on pourra aller jusqu’à 3,5% de déficit, la plupart des analystes estiment que Bonn fera tout pour respecter le seuil — sacro-saint en Allemagne — des 3,0%.
L’échéance de mai
«Il est vraiment important qu’on ne dépasse pas 3,0%», estime Jutta Kayser, économiste à la Dresdner Bank.
Dans ce contexte, l’échéance cruciale sera celle de la mi-mai, lorsque seront connues les estimations des recettes allemandes en 1997, et donc la capacité à réduire le déficit.
«Tous les regards se portent sur cette estimation», juge Ulrike Kostens, gestionnaire à Trinkaus. «Si les chiffres sont mauvais, la rumeur du report repartira de plus belle».
Si c’est le cas, Bonn se verra contraint d’adopter un budget rectificatif pour corriger le tir, ce qui risque d’être très mal ressenti par une population plus que tiède à l’égard de l’euro.
Une fois le calendrier réaffirmé, les ministres des Finances pourront se consacrer à parfaire la mécanique de l’UEM.
La réunion de Noordwijk devrait ainsi confirmer que la sélection des participants se fera en avril ou en mai 1998.
L’exercice devra être rondement mené en deux mois, puisque la procédure ne pourra en tout état de cause commencer avant les élections législatives prévues en mars 1998 en France.
La Commission et l’Institut monétaire européens devront faire un rapport et proposer une liste des participants, qui devra être évaluée par le Parlement européen et les «grands argentiers» avant qu’une décision soit prise au sommet.
Les Quinze doivent également traduire de manière juridique les décisions du sommet européen de Dublin, où les dirigeants de l’UE étaient parvenus à un accord sur un pacte de stabilité budgétaire liant les membres de l’euro de manière rigide.
La seule question en suspens est celle du «cumul» des amendes qui frapperont les pays en situation de dérapage.
Le texte de Dublin évoque un maximum de 0,5% du PIB, mais si les pays du Sud estiment que cela signifie un plafond global pluriannuel, d’autres pays l’interprètent comme un plafond annuel qui pourrait entraîner la constitution d’amendes énormes.
Selon un diplomate, le compromis devra être «crédible» mais éviter un «empilement excessif» d’amendes: les membres de l’euro garderaient ainsi un droit d’appréciation de la situation.

