La mini-crise a été provoquée par le refus public de la France, rejointe par l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne, de présenter cette année avec ses autres partenaires européens un projet de résolution commun critiquant la Chine devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU réunie en session annuelle à Genève.
«Je considère cette évolution comme un sérieux revers pour les perspectives d’une politique étrangère de l’Union», a déclaré le ministre des Affaires étrangères des Pays-Bas, pays qui assure la présidence tournante de l’UE.
«Plus grave encore, c’est l’essence de la politique des droits de l’homme de l’Union qui est en jeu», écrit M. Hans van Mierlo dans une lettre adressée à ses homologues européens.
Les Pays-Bas considèrent qu’il n’est pas possible de faire deux poids deux mesures, selon qu’un grand ou un petit pays est accusé de graves atteintes aux libertés, poursuit le ministre.
Exprimer de telles différenciations dans des résolutions de l’ONU est «inconcevable» et «nuit directement à la crédibilité de notre politique vis-à-vis d’autres pays», a-t-il dit.
Première conséquence du contentieux, La Haye a décidé de ne présenter à la Commission, au nom de l’UE, aucune des résolutions prévues condamnant des atteintes aux libertés dans plusieurs pays, ont déclaré des diplomates.
Outre la Chine, les Européens avaient décidé de dénoncer le Zaire, la Birmanie, l’Irak, l’Iran et éventuellement le Timor oriental devant la 53e session de la Commission qui s’achève le 18 avril.
L’UE a traditionnellement présenté un projet sur la Chine à la Commission des droits de l’homme depuis l’écrasement du Printemps de Pékin en 1989. Coparrainés par les Etats-Unis, le Japon et d’autres occidentaux, ces projets ont toujours été rejetés — ou non soumis à vote — par une très faible majorité des 53 membres de la Commission à l’initiative de la Chine.
Une seconde conséquence de la querelle diplomatique au sein de l’UE est une possible bataille lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères, dimanche à Noordwijk, aux Pays-Bas.
«Si les Pays-Bas disaient vouloir ne plus parler comme président de l’UE, ce serait une aberration juridique», note à Genève un diplomate européen.
Il est important, dans la période de transition que traverse la Chine entre la mort de Deng Xiaoping et le prochain congrès du parti, de ne pas exciter les surenchères nationalistes à Pékin, a observé un diplomate français.
Mais un autre diplomate européen accuse Paris de «mettre en danger le renforcement de la politique étrangère» communautaire à l’ordre du jour d’un traité de Maastricht révisé.
Il estime que les intérêts commerciaux ont été plus forts dans la décision de Paris que les convictions en matière de droits de l’homme.
Le président Jacques Chirac est attendu le mois prochain en Chine où devraient être signés d’importants contrats aéronautiques.
Enfin, en Allemagne, la question chinoise a fait apparaître un désaccord entre le chancelier démocrate-chrétien Helmut Kohl et son ministre des Affaires étrangères, le libéral Klaus Kinkel. M. Kohl aurait pris la décision de rallier la position française sans consulter M. Kinkel, selon des diplomates.

