La dernière cage contenant à peine 4 ou 5 mineurs remontera vendredi vers 21h00 du puits de Susville. Beaucoup de mineurs encore en activité ne veulent pas descendre ce jour-là.
«Je vais prendre un jour de congé pour ne pas vivre ça, c’est trop dur», explique Jean-Claude, 49 ans, encore en activité.
«C’est la fin d’une époque, on a du mal à y croire mais cette fois-ci, c’est bien terminé», déplore Georges Maugiron, 71 ans, un ancien mineur syndicaliste, qui s’est battu une grande partie de sa vie pour éviter la fermeture de la mine.
«Grâce à notre combat, on a fait reculer la fermeture de près de 30 ans. La première décision d’arrêter date de 1968», se rappelle-t-il.
La mine de la Mure, à une quarantaine de km au sud de Grenoble, a connu son âge d’or dans les années 50: plus de 3.800 personnes y travaillaient, dont 2.000 mineurs de fond.
«Tout tournait autour de la mine, c’est elle qui faisait vivre tout le plateau matheysin», se souvient Eugène Roux, 78 ans.
Lorsque la mine a commencé à réduire ses effectifs au début des années 80, l’économie de la région s’est mise à vaciller. Ces dernières années, les habitants de la Matheysine, les élus et les mineurs se sont mobilisés, refusant de voir mourir leur pays.
Le 7 avril 1995, plus de 8.000 personnes avaient manifesté dans les rues de La Mure (5.800 habitants) pour exiger la réouverture de la maternité, fermée quelques mois auparavant par les pouvoirs publics.
Le 10 février 1996, 5.000 Matheysins avaient manifesté dans les rues de Grenoble contre la fermeture de la mine, pour la réouverture de la maternité et le désenclavement routier du plateau.
«Pendant la campagne présidentielle de 95, le candidat Jacques Chirac s’était lui-même prononcé pour la réouverture de la maternité. Une fois élu, il a oublié sa promesse», lâche Nicole, une mère de famille qui a dû braver cet hiver les routes enneigées pour aller accoucher à Grenoble.
Aujourd’hui, beaucoup considèrent qu’avec la fermeture de la mine, c’est tout une région qui va mourir lentement.
«Il y a encore quelques années, les commerces étaient nombreux à La Mure. Tout le monde avait du travail. Aujourd’hui, les magasins ferment les uns après les autres et tout est mort. Avec le départ des mineurs, c’est le début de la fin», estime Olga Roux, 75 ans, femme d’ancien mineur.

