L’accord, d’un montant de près de 3,5 milliards de dollars et d’une durée de 23 ans, porte sur le lancement de la deuxième phase des travaux de développement du champ pétrolifère de Qurnah, dans le sud de l’Irak, l’un des plus importants de ce pays.
Cet accord n’avait pas encore suscité de réactions dimanche à l’ONU ou aux Etats-Unis, le pays le plus intransigeant vis-à-vis de Bagdad.
La résolution 661 du Conseil de Sécurité, votée par Moscou le 6 août 1990 et reconduite régulièrement par la Russie depuis, prône le boycottage commercial, financier et militaire de l’Irak.
La signature a eu lieu vendredi à Bagdad, entre le ministre irakien du Pétrole Amer Mohammed Rachid et le ministre russe de l’Energie Piotr Rodionov.
«L’accord s’appliquera indépendamment de la levée des sanctions économiques» imposées à l’Irak depuis son invasion du Koweit, en août 1990, a déclaré M. Rodionov.
«L’application de l’accord commencera aussitôt après son approbation par les gouvernements et les parlements des deux pays et après l’échange entre les deux pays des documents de son approbation», a ajouté M. Rodionov. Ses propos ont suscité des applaudissements nourris des membres des deux délégations.
Selon M. Rodionov, Moscou devrait «commencer à produire les équipements nécessaires alors que l’Irak commencera, en coordination avec la Russie, à accomplir les travaux nécessaires sur son territoire».
Le ministre russe n’a pas précisé si les équipements russes seraient livrés à l’Irak avant la levée de l’embargo.
«L’accord, dont tous les hommes honorables doivent se réjouir et qui irritera les ennemis de l’Irak, sera appliqué durant la période d’embargo», a affirmé à la télévision le général Rachid.
Se félicitant du fait que «l’accord a été réalisé grâce à la volonté politique indépendante des deux pays», M. Rachid a en même temps affirmé que «les sociétés russes auront la bonne part» dans les prochains «nombreux projets pétroliers» en Irak.
Les accords en série
Il a également annoncé la prochaine signature d’autres accords pétroliers avec «des sociétés amies de France et de Chine». Selon lui, «la priorité sera donnée aux pays et aux compagnies qui avaient adopté une attitude positive envers l’Irak durant l’embargo injuste».
L’Irak a entamé ces dernières années des négociations avec plusieurs firmes étrangères pour développer ses gisements pétroliers, sans conclure de contrat formel.
L’accord de vendredi, le premier du genre passé par Bagdad avec un pays étranger depuis le début de l’embargo, a été annoncé à la une et en rouge par toute la presse officielle irakienne.
Selon des estimations non-officielles, le champ de Qurnah, situé à l’ouest de Bassorah, renferme des réserves prouvées de près de quinze milliards de barils, ce qui en fait le plus important en Irak, dont les réserves sont estimées à plus de 110 milliards de barils.
Selon M. Rachid, la deuxième phase porte sur des réserves de «sept à huit milliards de barils» à Qurnah, dont «la production quotidienne sera de quelque 600.000 barils». La production devra rapporter à l’Irak des recettes de 70 mds USD en 23 ans.
Jeudi, l’Irak et la Russie avaient annoncé la conclusion d’un accord sur la création d’une société mixte de forage pétrolier en Irak. Ils ont aussi signé un accord de coopération scientifique et culturelle, et un procès-verbal sur la coopération pétrolière et industrielle, notamment dans le domaine des hydrocarbures.
L’Irak, un partenaire important de l’ex-URSS, doit aujourd’hui à la Russie quelque 10 à 16 milliards de dollars. Moscou tente d’obtenir une levée de l’embargo pétrolier frappant l’Irak.

