Agé de 78 ans, né en Sibérie, Kalachnikov, qui a créé le fusil-mitrailleur portant son nom, avait toujours rêvé d’être un designer, mais pas un inventeur de matériel militaire.
«Même lorsque j’étais enfant, je rêvais d’être créateur. Je suis devenu ingénieur quand j’ai grandi et j’ai inventé divers instruments et systèmes. Mais sans lien avec le militaire», a confié M. Kalachnikov, venu à Abou Dhabi à l’occasion du salon de l’armement IDEX-97 qui s’est achevé jeudi.
«Lorsque les Allemands ont envahi mon pays pendant la Deuxième Guerre mondiale, j’ai été blessé dans un combat, et j’ai décidé à ce moment-là de travailler sur une arme à feu... J’ai commencé en 1942 et j’ai pu inventer le Kalachnikov en 1947», raconte-t-il.
«Voyez-vous, ils (les Allemands) m’ont poussé à inventer cette mitraillette, donc c’est eux que vous devriez blâmer», estime-t-il.
M. Kalachnikov affirme qu’il n’a pas de remords pour avoir inventé son arme, mais jure qu’il ne travaillera plus sur d’autres armements, à l’exception des fusils de chasse.
«Je sais que beaucoup d’hommes sont tombés sous les balles de mon Kalachnikov, mais pourquoi me blâmer? Ce n’est pas moi qui les ai mitraillés», se défend-il. «Ils se font la guerre à cause de la politique. Je n’ai rien à faire avec ces combats. Donc pourquoi me sentirais-je coupable? J’espère qu’ils mettront fin à leur guerre et vivront en paix».
Des millions de Kalachnikov ont été vendus à l’armée russe et à d’autres pays.
En dépit de sa réussite dans l’industrie militaire, M. Kalachnikov insiste sur le fait qu’il n’est pas riche, et qu’il lutte toujours pour vivre.
«Il dit la vérité. Si vous voulez savoir pourquoi il n’est pas riche, vous pouvez le demander aux communistes de l’époque» fait remarquer un de ses collègues russes.
Quelques années d’école
Mikhaïl Kalachnikov avait fréquenté l’école quelques années seulement avant de se consacrer au design industriel qui portait sur des systèmes de contrôle et de mesure.
Reconnaissant ses talents, l’armée russe lui a offert un travail de designer. Il travaille toujours pour le gouvernement, mais ne conçoit pas d’équipements militaires.
Kalachnikov, petit homme aux cheveux gris, un peu timide et affecté de surdité partielle, affirme être toujours capable d’inventer de nouveaux produits, malgré son âge. «Pourquoi devrais-je prendre ma retraite»?, demande-t-il.
Quand on lui demande s’il considère son arme comme la meilleure jamais produite, il répond humblement: «Je n’ai jamais dit que c’était la meilleure. C’est un bon fusil-mitrailleur, mais certains experts estiment qu’il est le meilleur».
Au stand russe, un des plus imposants du salon où 740 firmes et 50 pays étaient représentés et qui a duré cinq jours, on était fier de constater que M. Kalachnikov a été une des attractions de l’IDEX-97.
«A la fin de l’exposition, vous allez remarquer combien il est fatigué», souligne un participant russe. «Des centaines de personnes et d’officiels sont venus le voir, lui parler, se faire photographier avec lui et obtenir sa signature. Vraiment, il demeure une star».


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