La valse s’est accélérée avec la tentative de prise de contrôle hostile lancée en janvier par Hilton Hotels sur le groupe ITT, propriétaire de Sheraton. Depuis, la chaîne américaine Marriott a dépensé près d’un milliard de dollars pour racheter les hôtels Renaissance à des investisseurs de Hong Kong, Hyatt a annoncé son intention de consacrer la même somme à des acquisitions et les propriétaires de Westin, une autre chaîne américaine de luxe, se sont mis en quête d’un repreneur.
«Au début de la décennie, le secteur se portait mal et ce n’était pas le moment d’acheter ou de vendre. Maintenant, toute la demande contenue, à la fois de la part des acquéreurs et des vendeurs, chacun, avec ses raisons propres, se manifeste», explique Rob Duboff, consultant du cabinet Mercer Management.
Selon lui, cette consolidation se justifie par la trop grande diversité des enseignes présentes sur le marché et la demande exprimée par les voyageurs, essentiellement des hommes d’affaires, pour un service prévisible et fiable dans toutes les villes du monde où les mènent leurs déplacements.
«Les chaînes réalisent de leur côté que si elles veulent des clients loyaux, elles doivent être présentes là où vont ces clients», ajoute-t-il.
C’est pour disposer d’une telle portée internationale que Hilton, dont le contrôle est limité au territoire américain, et le groupe britannique Ladbroke, propriétaire des hôtels Hilton en dehors des Etats-Unis, ont décidé en janvier d’harmoniser leur politique commerciale et leurs programmes de fidélisation.
Tarifs négociés
De son coté, ITT avait racheté en 1994 la chaîne italienne Ciga afin de renforcer le réseau Sheraton en Espagne, en Grèce et aux Pays-Bas.
Au même moment, le groupe britannique Forte avait racheté la chaîne française Méridien, avant d’être lui-même absorbé par son compatriote Granada Group en 1996.
La prédilection des grands groupes pour le rachat d’établissements existants s’explique par les longs délais (parfois cinq ans) nécessaires à la construction et à l’ouverture de nouveaux hôtels, explique M. Duboff.
L’absence de nouvelles constructions et le développement croissant des voyages d’affaires se répercutent automatiquement sur les taux de remplissage, le prix des chambres et les profits. A New York, il est maintenant presque impossible de trouver une chambre dans une grande chaîne pour moins de 200 dollars la nuit.
Selon American Express, les entreprises américaines ont consacré 156 milliards de dollars aux voyages d’affaires l’an dernier, soit 4% de plus qu’en 1995. En l’espace de deux ans, la proportion des salariés d’une société, amenés à se déplacer professionnellement, est passée de 21% à 27%, relève le groupe de services financiers.
Afin de limiter leur budget voyages, la majorité des sociétés obligent maintenant leurs cadres à loger dans des hôtels qui leur offrent des tarifs négociés, ce qui joue en faveur des grandes chaînes. Elles évitent également de plus en plus les suites luxueuses et les palaces au profit de prestations confortables mais standardisées.
C’est pourquoi, après avoir acquis Forte pour 3,9 milliards de dollars, le groupe britannique Granada a aussitôt mis en vente une quinzaine de palaces tels que le George V de Paris, vendu en décembre au prince séoudien al-Walid, et le Plaza Athénée, cédé début mars à des investisseurs de Brunei.

