A neuf semaines du scrutin présidentiel, les deux camps ont déclenché une campagne de grande envergure, avec déplacements en province, réunions publiques souvent virulentes et débats télévisés.
Les deux tendances ont mobilisé tous leurs moyens pour transformer cette élection en un bras de fer politique public, sans véritable équivalent dans les annales politiques du pays.
Bien que présents au sein du régime depuis la révolution de 1979, les deux camps se retrouvent pour la première fois dans un face-à-face direct pour ce septième scrutin présidentiel du régime islamique.
Les conservateurs, qui contrôlent le Parlement islamique (Majlis) et de nombreuses institutions — dont la radio-télévision d’Etat — font figure de force dominante.
Ils prônent une politique étrangère équilibrée. Souvent issus de familles de grands commerçants du Bazar, ils sont en faveur d’une plus grande liberté économique et commerciale pour le secteur privé. Sur les questions culturelles et sociales, ils préconisent une certaine tolérance.
Au pouvoir entre 1981et 1989, la gauche radicale, qui fait actuellement son grand retour sur la scène politique, souhaite un contrôle plus dirigiste sur l’économie et préconise une politique intransigeante vis-à-vis de l’Occident.
En revanche, sous le gouvernement du président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani, les «modérés» ont clairement montré un penchant prononcé pour une libéralisation économique et culturelle.
Deux candidats principaux
Deux candidats se détachent clairement: le président du Parlement, champion de la droite conservatrice, Ali Akbar Nategh-Nouri, et l’ancien ministre de la Culture Mohammad Khatami, investi par la gauche radicale et soutenu par l’aile modérée du régime.
Parti en premier dans la course à la présidence, M. Nategh-Nouri, 54 ans, peaufine une image de conservateur modéré et multiplie les contacts avec les délégations étrangères.
Le président du Parlement bénéficie également de l’appui — capital en Iran — d’une majorité du clergé chiite, ainsi que du guide de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, successeur du père de la révolution iranienne, l’imam Khomeiny.
La coalition des radicaux et des modérés s’est formée autour de l’Association de religieux combattants (ARC) pour soutenir Mohammad Khatami, ancien ministre de la Culture et de l’Orientation islamique sous le gouvernement de l’ancien premier ministre radical Mir Mossein Moussavi dans les années 80.
M. Khatami, 59 ans, actuellement directeur de la bibliothèque nationale, lettré à l’allure affable, il jouit d’une popularité certaine dans les milieux modérés et intellectuels.
Il vient de recevoir le soutien du «G-6», mouvement politique modéré proche du président Rafsandjani, qui comprend des personnalités de premier plan comme le gouverneur de la banque centrale Mohsen Nourbakhch ou le maire de Téhéran Gholamhossein Karbastchi.
Le président Rafsandjani, qui ne peut se représenter pour un troisième mandat de quatre ans, a affirmé publiquement qu’il souhaitait rester neutre. Malgré son inclinaison pour les modérés, les observateurs ont relevé que son frère, Mohammad Hachémi, membre éminent du «G6», s’est abstenu d’apporter son soutien au candidat de la gauche et des modérés.


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