Des plus hauts responsables du Parti communiste, de l’armée et du gouvernement, aux plus humbles délégués de districts ruraux, le credo a été le même: soutien total au Comité central du parti, avec le camarade Jiang Zemin en son centre.
L’ombre de Deng Xiaoping, décédé le 19 février, a constamment plané sur la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP), qui s’achève vendredi et le thème dominant des débats a été la préservation de l’unité et de la stabilité dans l’ère de l’après-Deng.
Le ton avait été donné lors du discours d’ouverture du président du Parlement, Qiao Shi, considéré par beaucoup comme le principal rival du président Jiang, et qui, selon un rapport secret publié après la mort de Deng, aurait «ouvertement critiqué» le nouveau numéro un chinois.
«Les députés de l’ANP doivent transformer leur chagrin en force, poursuivre l’œuvre définie par Deng Xiaoping et s’unir étroitement autour du Comité central du Parti communiste chinois avec Jiang Zemin en son centre», a dit M. Qiao.
Les généraux purs et durs comme Liu Huaqing et Zhang Zhen — vice-présidents de la toute-puissante Commission militaire centrale (CMC) — ont embrayé sans tarder, mettant fin aux craintes de voir la vieille garde de l’armée refuser de faire le «kowtow» (salut traditionnel chinois) devant le successeur du combattant hors pair que fut Deng Xiaoping.
«L’Armée populaire de libération obéira sans hésiter aux ordres du Comité central du parti, avec au centre Jiang Zemin», a proclamé le général Zhang lors d’une réunion d’une sous-commission parlementaire, largement couverte par les médias officiels chinois.
Une importance cruciale
Jiang Zemin, 70 ans, cumule les postes de chef de l’Etat, de secrétaire général du parti et de chef de l’armée, en tant que président de la CMC. Mais comme beaucoup de dirigeants de sa génération, il n’a pas participé à la lutte armée qui a abouti à la fondation de la République populaire de Chine en 1949.
Après le décès de Deng Xiaoping, les vieux généraux Zhang et Liu n’avaient pas immédiatement apporté leur soutien au président Jiang, malgré les promesses de loyauté venues très rapidement des deux autres vice-présidents de la Commission militaire, les généraux Chi Haotian et Zhang Wannian.
Or, pour Jiang Zemin, ces actes d’allégeance en public — réels ou simulés — ont une importance cruciale.
Devenu successeur en titre après avoir été longtemps le dauphin désigné de son mentor, Jiang reste malgré tout considéré par beaucoup comme un dirigeant vulnérable, en raison de son manque d’appuis politiques au sein de l’armée.
«La partie est évidemment loin d’être terminée et il y aura probablement d’autres occasions où la nécessité de montrer un front uni ne rassemblera pas forcément l’unanimité», a estimé un autre diplomate, soulignant qu’«il va être intéressant de voir si ces témoignages de fidélité se poursuivent à l’avenir, ou bien s’ils disparaissent complètement après la session de l’ANP».
Dans l’immédiat, le président Jiang va s’efforcer de maintenir cette atmosphère d’unité autour de son nom jusqu’au 15e Congrès du parti, à l’automne, qui doit définir les grandes lignes politiques des cinq prochaines années et l’introniser officiellement comme le nouveau dirigeant suprême.

