Décoré du Lys d’or, la plus haute distinction militaire bosniaque, cet officier se bat pour que les héros de la guerre, comme lui, ne tombent pas dans l’oubli.
Cette médaille, frappée de l’emblème national bosniaque, a été remise jusqu’à présent à environ 700 soldats de l’armée gouvernementale pour leurs «mérites exceptionnels durant la guerre».
Ils sont aujourd’hui presque autant à vivre les désillusions des héros, une fois les victoires remportées.
Le commandant Dervisevic, qui s’est illustré durant la défense de Sarajevo pour avoir, dit-il, «fait reculer les troupes ennemies et détruit six chars serbes», avoue son amertume.
«Je ne peux pas en vouloir à l’Etat mais ma médaille ne m’a pas aidé comme je l’avais espéré. les seuls privilèges accordés aux détenteurs du Lys d’or sont la mise en place gratuite d’une ligne téléphonique et le versement d’un pourcentage de nos primes d’invalidité et de salaires», affirme cet officier de 36 ans, paraplégique à vie.
«J’ai été décoré un an avant d’être blessé au dos par un éclat d’obus. C’était en novembre 1994, à Treskavica, au sud-est de Sarajevo. Mon évacuation jusqu’à l’hôpital de Sarajevo a duré onze heures», poursuit-il en touchant nerveusement son fauteuil roulant.
Ses propos sont couverts par le bruit des hélicoptères de la SFOR (Force de stabilisation de l’OTAN) survolant le quartier à basse altitude.
Les primes d’invalidité et les salaires de ces «anciens héros» varient entre 30 et 470 dollars par mois. Leur montant est fixé en fonction de la «bravoure des soldats durant les combats», laissée à l’appréciation de l’état-major.
Mais la majorité d’entre eux «perçoivent ces sommes avec parfois cinq mois de retard. Ils doivent affronter comme le reste des soldats et de la population le marasme administratif bosniaque tant pour les soins que pour trouver un emploi», ajoute le commandant Dervisevic.
Cet officier, qui est également le vice-président de l’association des invalides de guerre de Bosnie, va prochainement soumettre aux autorités une liste de «propositions urgentes pour améliorer le statut de tous ces courageux soldats mais qui va prendre beaucoup de temps avant d’être réalisée».
A Sarajevo, qui a toujours parfois des allures de théâtre d’opérations militaires, de nombreuses familles aident des proches, blessés durant les combats, à se déplacer dans de vieux fauteuils roulants. A proximité, l’ambassade des Etats-Unis se dresse comme une forteresse, entourée de barbelés et de blindés.
Plus de 175.000 personnes, civils et soldats, ont été blessées durant le conflit, selon des estimations officielles.
Certains anciens combattants blessés vivent encore dans des quartiers où des double-rideaux en plastique décorent les fenêtres de leurs immeubles endommagés par des obus.
D’autres évoluent dans un décor de ruines où des enfants jouent à cache-cache dans d’anciennes tranchées encerclées par des carcasses de voitures brûlées, et où des moineaux se regroupent sur des branches d’arbres calcinés.
«Le combat pour la reconnaissance de nos droits va durer toute notre vie. Nous n’avons plus aucune illusion», résume l’un d’eux dans un café avant de se commander un autre whisky.


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