Lors de son premier meeting à Kindu (est) depuis la prise de cette ville par ses forces, le 2 mars, M. Kabila a lancé à une foule de 10.000 personnes: «Voulez-vous un cessez-le-feu?».«Hapana»! (non, en swahili), a répondu en chœur l’assistance.
«Les Blancs, surtout les Français et les Belges, font campagne contre l’Alliance (rebelle) pour nous salir; nous appellent des «rebelles» et font pression pour que nous cessions les combats. Nous refusons», a lancé le chef rebelle.
Ce nouveau refus intervient au moment où la rébellion accroît sa pression sur la capitale du Haut-Zaïre, Kisangani, dernier fief des forces gouvernementales dans l’est zaïrois, et poursuit sa progression dans la province minière du Shaba (sud).
M. Kabila répondait directement à la dernière initiative de Paris. S’exprimant en Conseil des ministres, le président français avait déclaré quelques heures plus tôt: «La France lance un appel solennel à la communauté internationale pour qu’elle prenne ses responsabilités en faisant les pressions nécessaires pour obtenir l’arrêt des combats et la mise en œuvre des interventions humanitaires qui s’imposent de toute urgence».
«La situation humanitaire au Zaïre est dramatique, plus personne ne peut l’ignorer, plus personne ne peut rester indifférent», selon le chef de l’Etat français, dont les propos étaient rapportés par le porte-parole du gouvernement, Alain Lamassoure.
Dans les milieux diplomatiques à Paris, on estime que la France cherche surtout à obtenir des Etats-Unis qu’ils fassent des pressions plus accentuées sur M. Kabila pour qu’il mette fin aux combats.
Les déclarations de M. Chirac ont été accompagnées de l’annonce d’une intensification par la France de ses livraisons d’aide à destination des réfugiés et déplacés.
Secours
Lundi dernier à Kinshasa, le secrétaire d’Etat français à l’Action humanitaire d’urgence, Xavier Emmanuelli, avait indiqué que Paris envisageait la création d’un mini-pont aérien humanitaire vers les dizaines de milliers de réfugiés hutus rwandais d’Ubundu (150 km au sud de Kisangani) ayant fui le camp de Tingi-Tingi (250 km au sud-est de Kisangani).
«La France envoie régulièrement des avions à Kisangani avec des secours, nous allons rendre ces avions plus nombreux et plus ciblés», a précisé mardi M. Emmanuelli.
«Si nous avons réussi à nous poser à Kisangani et à atteindre les réfugiés à Ubundu, cela veut dire que les organisations humanitaires peuvent le faire», a-t-il ajouté avant d’appeler une nouvelle fois au déploiement d’une force multinationale des Nations Unies et de «s’étonner» de l’absence des organisations humanitaires sur place.
De son côté, la Belgique, ancienne puissance coloniale, a dépêché à Kisangani son secrétaire d’Etat à la Coopération internationale, Reginald Moreels. Il devait remettre 11 tonnes de médicaments destinés aux déplacés et aux réfugiés.
Depuis des mois, des centaines de milliers d’entre eux errent sur les pistes, cherchant à éviter les combats. Beaucoup se cachent dans la forêt et sont en mauvaise santé.
Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), au moins 75.000 réfugiés rwandais fuyant l’avancée des rebelles sont arrivés à Ubundu et d’autres affluent.
Un train transportant 120 tonnes d’aide devait tenter de se rendre mardi dans cette ville, après que de violents orages eurent empêché un premier ravitaillement lundi, selon un porte-parole du PAM à Genève, Christiane Berthiaume.
L’acheminement de l’aide va être rapidement entravé par l’arrivée de la saison des pluies, qui rend impraticable de nombreuses pistes et des terrains d’aviation.
Les pluies vont également avoir des répercussions sur les combats, selon des experts militaires occidentaux. Selon eux, ce sont toutefois les forces gouvernementales (FAZ), déjà peu efficaces, qui seront les plus gênées par ces pluies. Les intempéries vont en effet limiter la capacité d’intervention des forces aériennes, seul domaine où les FAZ avaient la supériorité.

