L’Italie tente de se poser en médiatrice entre les insurgés, qui exigent la démission du président Sali Berisha, qui a cédé du terrain en acceptant des législatives anticipées d’ici juin et la formation d’un gouvernement d’union nationale d’ici là.
Le chef de l’Etat a eu à Tirana des consultations avec les différents partis politiques pour mettre au point la composition de ce gouvernement provisoire, censé apaiser la crise déclenchée par l’effondrement des sociétés pyramidales et la ruine de centaines de milliers de foyers.
Au large de Vlorë dans l’Adriatique, des représentants des insurgés ont eu, à bord d’un navire de la marine italienne, des pourparlers avec l’ambassadeur d’Italie en Albanie. Tirana a chargé l’Italie, garante de l’accord de dimanche, de favoriser un dialogue entre le pouvoir albanais et les insurgés.
L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) s’est pour sa part félicitée des concessions annoncées par le président Sali Berisha, concernant la formation d’un gouvernement d’union nationale et la tenue d’ici juin de législatives anticipées. Dans le même temps, l’OSCE appelle à la fin des violences et à la restitution par les insurgés des armes et munitions en leur possession.
«Le président (de l’OSCE) salue l’initiative du président Berisha de proposer un gouvernement de coalition nationale et d’organiser des élections législatives. L’acceptation rapide de ces propositions et la conclusion d’un accord politique par les partis politiques est un pas important vers un règlement de la situation», a estimé le président de l’OSCE, Niels Helveg Petersen, dans un communiqué publié au siège de l’OSCE à Vienne.
L’OSCE avait chargé l’ancien chancelier autrichien Franz Vranitzky d’une mission exploratoire en Albanie la semaine dernière, et il s’était rendu à Tirana samedi dernier.
Le sud-ouest aux mains des rebelles
Sur le terrain, les insurgés restent sourds aux appels à la restitution de leurs armes et de leurs munitions. Ils ont même sensiblement progressé vers le nord, puisque selon leur porte-parole, la ville de Bérat, au débouché des plaines pétrolifères, et proche d’une base aérienne, est tombée entre leurs mains sans coup férir.
La prise de Bérat marque un tournant car pour la première fois depuis plus d’une semaine, l’armée ne tient plus aucun barrage routier au sud du fleuve Shkumbini, qui symboliquement partage le pays en deux, le nord «guègue» et le sud «tosque», du nom des deux dialectes albanophones parlés dans le pays avant l’unification de la langue sous le régime communiste.
Les seuls blindés visibles étaient regroupés un peu au sud du fleuve, gardant la route qui mène vers la capitale Tirana, au nord, et d’autres villes tenues par le gouvernement comme le centre sidérurgique d’Elbasan.
Les rebelles ne seraient ainsi plus qu’à une centaine de kilomètres de la capitale Tirana. Une personne a été tuée et une vingtaine d’autres légèrement blessées à Bérat, mais il n’y aurait pas eu de véritable combat entre l’armée, battant en retraite, et les insurgés. A Permët en revanche, on dénombre dans les combats cinq morts et six blessés. Cette petite ville de 12.000 habitants est tombée dimanche juste avant l’annonce de la conclusion de l’accord politique à Tirana.
Selon un officier passé dans les rangs des rebelles, les 2.000 soldats dépêchés par Tirana dans la région samedi se sont depuis repliés en direction de l’est, vers le village d’Ersekë dans les monts Grammos et vers la grande ville de Korça. Au total, dans la région de Permët, 16 villages sont aux mains des insurgés, dont Kelcyre.
Les insurgés tiennent désormais tout le sud-ouest de l’Albanie, et des villes importantes comme Vlorë (80.000 habitants), Bérat (40.000 habitants), Gjirokastër (22.000 habitants), Sarandë (15.000 habitants), Delvinë, Permët, Memalia, Tepelenë (20.000 habitants) et les stations côtières comme Himara.
Une série d’explosions ont ébranlé un dépôt d’armes tenu par les insurgés lundi dans le village de Lazarat, ont rapporté des témoins. Par ailleurs, un hélicoptère de la marine italienne, qui avait décollé du navire San Giorgio, a évacué lundi 10 personnes — Six Italiens, deux Albanais, un Allemand et un Américain — du port de Vlorë. Il s’agit de la troisième mission de ce type que l’armée italienne effectue en l’espace d’une semaine. Ces 10 personnes ont été conduites à Brindisi.


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