L’annonce fin février de la réussite, par une équipe de scientifiques écossais, du clonage de la brebis Dolly, qui ouvre des perspectives scientifiques et économiques aux frontières de la science-fiction, continue à susciter de nombreuses interrogations quant à la possibilité et au bien-fondé de réaliser la même expérience sur des êtres humains.
Alors que de nombreuses voix se sont déjà élevées dans le monde pour demander l’interdiction du clonage d’êtres humains, entouré d’un vide juridique dans de nombreux pays, l’Italie vient d’annoncer sa décision d’interdire toute expérimentation de clonage animal ou humain.
D’autres pays tentent de mettre en place un dispositif législatif qui imposerait le respect d’une frontière entre clonage humain et animal. Ainsi en Argentine, trois projets de loi, prévoyant de sévères peines de prison, ont été présentés au Parlement pour interdire tous travaux pouvant déboucher sur la réalisation de clones d’êtres humains. En Bolivie, la Chambre des députés a approuvé un projet de loi interdisant le clonage humain.
En France, le secrétaire d’Etat à la Santé, Hervé Gaymard, a affirmé qu’il n’est ni «envisageable, ni admissible» que les techniques de clonage qui ont donné naissance à Dolly, il y a un peu plus de sept mois à l’Institut Roslin d’Edimbourg, soient appliquées à l’homme.
Il a rappelé que le président Jacques Chirac avait saisi le comité consultatif national d’éthique pour «s’assurer que le dispositif législatif» français est «totalement adapté aux nouveaux champs d’application ouverts» par le clonage de Dolly.
Des obligations
Mardi, le président américain Bill Clinton avait demandé à la communauté scientifique de son pays d’observer un moratoire sur la recherche en matière de clonage humain, jusqu’à ce qu’une commission d’éthique se prononce sur le sujet.
Reconnaissant que cette découverte était «susceptible de déboucher sur d’énormes bénéfices (...), sur la promesse de traitements médicaux révolutionnaires», le président américain avait estimé que «comme la fusion nucléaire, c’est une découverte qui nous impose des obligations».
Les scientifiques écossais à l’origine de l’expérience ont jugé «inacceptable» l’idée de cloner un être humain, tout en affirmant que le succès du clonage de Dolly montre qu’il est possible de cloner des êtres humains décédés dont les corps ont été congelés sous certaines conditions.
Après le pape Jean-Paul II, qui a implicitement condamné la recherche sur le clonage en dénonçant les «expérimentations dangereuses» pour le respect de la vie, le grand rabbin d’Israël et l’Eglise orthodoxe roumaine ont à leur tour pris part au débat.
Le grand rabbin Meir Lau a affirmé que le clonage humain contredit la loi religieuse juive, dénonçant «les manipulations génétiques auxquelles se livrent certains scientifiques», qui «n’ont pas pour but de guérir et sont en conséquence prohibées par la religion juive».
De son côté, un théologien musulman de l’université d’el-Azhar, la plus haute autorité religieuse en Egypte, a affirmé que le clonage était «interdit» par l’islam. «Tout ce qui crée plus de dommages que de bénéfices est haram» (interdit), a déclaré au journal «al-Goumhouriya» le professeur Abdelmotih Bayyoumi. «J’appelle à cesser ce type de recherches, car cela va nous conduire dans des zones interdites», a-t-il ajouté.
A Bucarest, l’Eglise orthodoxe de Roumanie, majoritaire dans ce pays, s’est également prononcée contre le clonage humain, affirmant que «cela est en contradiction avec le principe de la création divine».
Avancée technique pouvant déboucher sur «un élevage sélectif plus rapide, efficace et économique» des animaux, comme le soulignait le secrétaire d’Etat britannique à l’Agriculture, ou «danger pour l’humanité», le clonage de Dolly n’a en tout cas pas fini de susciter des inquiétudes.
Comme en Allemagne, où 80% des personnes interrogées lors d’un sondage craignent que les scientifiques n’entreprennent bientôt des expériences de clonages sur l’être humain. Seulement 2% des Allemands, selon ce sondage, seraient disposés à se laisser cloner.

