Ces déclarations faites lors du Conseil des ministres hebdomadaire contrastent avec celles faites seulement quelques heures plus tôt par le ministre de l’Industrie, Frank Borotra, qui avait manifesté son soutien au président de Renault Louis Schweitzer.
M. Juppé a souhaité «que s’ouvre maintenant une période de discussion, de concertation, de recherche de solutions alternatives dans le respect des procédures et des règles communautaires et nationales en Belgique et en France».
Le premier ministre a convoqué dans l’après-midi M. Schweitzer, a indiqué à l’issue du Conseil des ministres le porte-parole du gouvernement, Alain Lamassoure.
Il compte aborder tant la fermeture de l’usine de Vilvorde, qui emploie 3.100 personnes, que les 2.764 suppressions d’emplois prévues par Renault en France en 1977, précise-t-on dans l’entourage de M. Juppé.
M. Lamassoure a indiqué que le premier ministre belge, Jean-Luc Dehaene, serait informé des résultats de l’entretien.
Initialement, le gouvernement français s’était efforcé de rester en dehors du tumulte provoqué par les décisions de Renault et ne semblait pas compter ni sur l’ampleur des réactions qu’elles susciteraient, ni sur la solidarité qui se manifesterait en France avec les salariés de Vilvorde.
«Politiquement, l’affaire Renault commence à sentir le roussi», constatait mercredi le quotidien «Libération» en relevant la volée de critiques qui s’élèvent contre M. Schweitzer, y compris dans les rangs de la majorité.
L’affaire n’est pas non plus sans conséquences dans les relations Paris-Bruxelles et même au plan européen, d’autant que le président Chirac, depuis son arrivée au pouvoir, s’est fait auprès des dirigeants de l’UE l’ardent avocat d’une Europe sociale.
Le gouvernement belge a d’ailleurs porté l’affaire de la fermeture du centre de production Renault de Vilvorde devant la commission européenne, en estimant que le constructeur français n’avait pas respecté la règlementation communautaire.
Le commissaire européen à la Concurrence Karel van Miert a donné raison sur ce point au gouvernement belge, dans une interview au quotidien économique Les Echos.
Durant le Conseil des ministres, M. Juppé a estimé que le problème avait deux dimensions: «La logique industrielle et les contraintes de la compétition internationale», d’une part, «la dimension humaine», d’autre part.
«Renault doit rester une grande entreprise internationale et pour cela, comme ses concurrents, naturellement, elle doit s’adapter en permanence. Mais en même temps, on ne doit pas négliger la dimension humaine: la méthode suivie n’a pas été la bonne», a dit M. Juppé, dont les propos étaient rapportés par M. Lamassoure.
Grève vendredi
Quatrième constructeur automobile européen, Renault, dans lequel l’Etat détient encore 46% du capital, traverse une période difficile. Ses parts de marché, comme celles de l’autre constructeur national PSA (Peugeot Citroën) ont diminué, et il devrait annoncer le 20 mars des pertes s’élevant entre 4 et 6 milliards de FF (entre 800 millions et 1,2 md de dollars) en 1996.
Pour remonter la pente et se préparer à l’ouverture totale à la concurrence du marché automobile européen en l’an 2000, Renault s’est engagé dans une course à la compétitivité, passant par une réduction de ses coûts et de ses emplois.
Selon les syndicats, la fermeture de l’usine belge de Vilvorde, dans laquelle le constructeur français avait lourdement investi pour en faire un outil ultra moderne, risque de coûter à Renault 2,5 mds de FF (près de 500 millions de dollars).
Par solidarité avec les ouvriers de Vilvorde, les syndicats d’employés de Renault en France, en Belgique et en Espagne ont appelé à une grève d’une heure vendredi.
Mercredi, quelque 900 salariés belges de Vilvorde se sont rendus à Douai, un gros centre de production Renault dans le nord de la France, employant 6.000 personnes, où une manifestation contre la fermeture de l’usine belge était prévue.

