Rechercher
Rechercher

Actualités - Chronologie

Le sentiment anti-français croit en Belgique

La décision prise par Renault de fermer son usine de Vilvorde risque de raviver les réactions anti-françaises en Belgique, particlièrement en Flandre.
Toute la classe politique belge — Flamands et Wallons pour une fois confondus —, la presse et les syndicats se sont élevés comme un seul homme pour fustiger cette décision, qui a également provoqué une énorme émotion dans la population.
Le constructeur automobile français n’aurait pas pu choisir pire moment pour annoncer la fermeture de son usine belge.
Le pays est actuellement secoué par une vague de faillites, dont celle des Forges de Clabecq, une grosse entreprise sidérurgique située dans une région sinistrée de Wallonie, qui a déclenché une manifestation de plus de 50.000 personnes.
De retentissantes délocalisations d’entreprises de pointe parfaitement rentables vers des cieux fiscaux plus cléments, comme l’Irlande, ont contribué à créer un malaise généralisé.
Le tout est aggravé par un climat nauséabond: révoltés par la découverte d’un sanglant réseau de pédophilie et le déballage d’affaires de corruption, les Belges, d’ordinaire placides, sont à cran et prêts à descendre dans la rue sans préavis.
«Cette décision (de Renault) frappe la Belgique dans une période particulièrement difficile», a résumé le premier ministre Jean-Luc Dehaene dans une lettre adressée à Jacques Santer, le président de la Commission européenne.
Enfin, le hasard a, pour le malheur de Renault, voulu que l’usine belge soit située dans le fief électoral du premier ministre belge, qui y réside depuis de longues années et où il a gagné son élégant surnom de «taureau de Vilvorde».

Arrogance française

Son épouse est d’ailleurs membre du conseil communal de cette petite ville de la grande banlieue de Bruxelles.
La réunion de ces facteurs permet d’expliquer la réaction extrêmement vive des autorités belges.
Le président de Renault, Louis Schweitzer, a été convoqué la semaine dernière par le ministre-président de la région flamande Luc Van de Brande. La rencontre a été glaciale.
Jean-Luc Dehaene a écrit lundi à Jacques Santer pour lui demander de «réagir» à cette décision «inacceptable» et de vérifier si les directives sur les licenciements collectifs et la consultation des travailleurs ont été respectées.
Mais la décision de Renault, que les autorités belges ont peu d’espoir de voir reconsidérée, risque surtout de réveiller un sentiment anti-français qui couve sous la cendre.
Le comportement des autorités françaises dans deux affaires judiciaires récentes avait été jugé méprisant par les Belges.
L’ex-Premier ministre français Edouard Balladur avait ainsi en 1994 sommé Jean-Luc Dehaene de faire libérer l’homme d’affaires français Didier Pineau-Valencienne détenu pendant plusieurs semaines en Belgique pour une affaire de fraude, alors que le gouvernement n’a aucun pouvoir sur la justice.
Le train de sénateur adopté par les autorités françaises pour transmettre aux autorités belges, 16 mois après l’envoi de la commission rogatoire, des renseignements sur l’avionneur Serge Bassault, soupçonné d’avoir versé des pots-de-vin à des partis politiques belges, a déclenché la fureur de Bruxelles.
Ce sentiment anti-français avait été particulièrement exacerbé en Flandre au tournant des années 1990, lorsque le capitalisme français avait massivement pris pied en Belgique.

«Paris cautionne»

Le rachat par Suez de la Société générale de Belgique, qui contrôle des pans entiers de l’économie du pays, avait notamment fait craindre par les milieux politiques flamands une collusion entre les Wallons et la France dont ils feraient les frais.
Le Vlaams Blok, parti d’extrême-droite qui rafle quelque 15% des voix en Flandre, a estimé dans un communiqué que la décision du «socialiste français Schweitzer» démontrait «l’absolue nécessité d’un ancrage flamand» des entreprises.
Si les autres partis n’ont pas encore suivi, la presse belge — y compris, et c’est symptomatique, la presse francophone — est truffée de diatribes contre l’Etat français actionnaire qui se cache derrière la décision de Renault et de son président «arrogant» de fermer une usine pour sauver l’emploi en France.
«Le gouvernement français cautionne (à moins qu’il ne l’ait lui-même suscitée) l’attitude antieuropéenne et nationaliste de Renault, qui préfère sabrer à l’étranger plutôt que chez lui».
«Car il ne faut pas l’oublier, c’est bien l’Etat français qui dirige le constructeur», renchérit La Libre Belgique.
Les appels au boycottage de produits français se multiplient donc très logiquement dans les colonnes des journaux belges, même si les autorités se gardent bien d’enfourcher ce cheval.
Ces appels sont le fait des syndicats ou des journaux populaires qui, comme la Dernière Heure, demandent aux Belges de renoncer à tous les produits de l’Hexagone.
Mais même la très sérieuse Libre Belgique prône un boycottage sélectif visant uniquement les Renault.
La décision prise par Renault de fermer son usine de Vilvorde risque de raviver les réactions anti-françaises en Belgique, particlièrement en Flandre.Toute la classe politique belge — Flamands et Wallons pour une fois confondus —, la presse et les syndicats se sont élevés comme un seul homme pour fustiger cette décision, qui a également provoqué une énorme émotion dans la population.Le constructeur automobile français n’aurait pas pu choisir pire moment pour annoncer la fermeture de son usine belge.Le pays est actuellement secoué par une vague de faillites, dont celle des Forges de Clabecq, une grosse entreprise sidérurgique située dans une région sinistrée de Wallonie, qui a déclenché une manifestation de plus de 50.000 personnes.De retentissantes délocalisations d’entreprises de pointe parfaitement rentables...