«A chaque fois, dit-on à l’OACI, il y a des candidats de différents continents mais, traditionnellement et à de très rares exceptions près, c’est l’Europe qui l’emporte».
Cette fois-ci, les Etats-Unis, qui votent parfois pour le candidat européen, ont apporté un soutien actif au candidat brésilien, le général Renato Claudia Costa Pereira, qui affirme «n’avoir fait aucun compromis avec personne».
Selon certaines sources à l’OACI, les Américains souhaiteraient modifier le fonctionnement de l’organisation, qu’ils considèrent comme trop lent et trop coûteux. «Si nous sommes si lents à établir des normes, si nous devons siéger de façon permanente, c’est que les décisions se prennent traditionnellement à l’unanimité à l’OACI», explique un membre. Ce qui permet, selon lui, de disposer de normes acceptées par tous et donc applicables par tous.
Les deux candidats reconnaissent la nécessité de réformer l’organisation, en ces temps de libéralisation de l’espace aérien et de multiplication du nombre des compagnies aériennes, afin de mieux assurer la sécurité du transport.
Le candidat français, Raymond Benjamin, un ancien sous-directeur de l’OACI, souligne à cet égard le nombre record d’accidents aériens intervenu en 1996, qui ont fait quelque 1.600 victimes: établir des normes, dit-il, n’est plus suffisant.
Pour lui, il faut d’abord «s’assurer que les normes sont appliquées» en menant des «inspections sur le terrain», à la demande des Etats, qui restent souverains. Ensuite, il faut pouvoir aider les Etats, techniquement ou financièrement, à faire les modifications qui s’imposent. Ce qui est coûteux.
S’il est élu, M. Benjamin envisage de gérer l’OACI de façon plus «business». «Il faut aller chercher l’argent où il est, dit-il, par exemple auprès des banques régionales, auprès de l’industrie».
Le général Pereira, qui se défend de n’être qu’un militaire — «au Brésil, dit-il, aviation civile et militaire sont liées» — reste flou sur son programme. «La politique de l’OACI doit venir de l’assemblée générale», dit-il, estimant que le secrétaire général n’est qu’un simple «outil» du conseil de l’OACI.
Il se borne à citer les problèmes auxquels l’OACI devra avoir à faire face, telle la mise en application trop lente du nouveau système de navigation, contrôle et communication aérienne CNS/ATM, avec des difficultés «d’ordre institutionnel et financier», certains Etats manifestant «une certaine répugnance» à l’utiliser.
Il estime nécessaire d’accélérer l’application des normes de sûreté et de sécurité de l’aviation civile.
A la veille de l’élection, les deux parties comptent leurs voix. M. Benjamin semble assuré de toutes les voix européennes, huit au total. M. Pereira se présente comme le «candidat de l’Amérique, des Etats-Unis à la Patagonie» et devrait bénéficier de huit à dix voix. Les six candidats africains devraient s’accorder sur un nom unique qui recueillerait, du moins aux premiers tours, six ou sept voix. Mais le vote étant secret, les défections sont possibles dans l’un ou l’autre camp.
Rapidement, probablement au milieu de la semaine, la compétition devrait se resserrer entre les deux principaux candidats.

