«Le cinéma doit avoir un regard neuf et réaliste sur le rôle de la femme et essayer de contribuer à améliorer son image», a déclaré Mme Fatemeh Hachémi, responsable d’un séminaire international sur les femmes dans le cinéma contemporain. C’est le premier du genre qui se tient à Téhéran depuis la révolution de 1979.
Pendant trois jours, plusieurs dizaines de femmes, cinéastes et comédiennes dont plusieurs étrangères, principalement françaises, ont prôné un cinéma «plus moral, plus tendre et moins macho», selon l’expression d’une participante.
Bien que certains de leurs sujets soient totalement tabous dans une société islamique, ces femmes ont librement parlé de leurs problèmes et préconisé «communication, échange et compréhension» entre les divers univers culturels.
«Ce genre de réunion permet d’élargir les horizons», a indiqué Mme Magda Wassaf, émissaire personnel du directeur général de l’UNESCO Federico Mayor. Pour elle, le séminaire de Téhéran est une étape préparatoire pour la tenue d’une conférence internationale que doit organiser l’UNESCO.
Durant les premières années de la révolution islamique, les rôles féminins avaient été limités à un strict minimum, et beaucoup pensaient que la place de la femme était réduite à néant dans un cinéma idéologique, en l’occurrence religieux. Il existe actuellement en Iran 166 comédiennes, 14 réalisatrices et quatre productrices.
Briser les tabous
Mais la révision de la place de la femme dans le cinéma est prônée par les cercles modérés et les milieux iraniens ouverts à l’Occident. Cela reste toutefois un sujet sensible dans une société où cette évolution se heurte actuellement à un regain d’opposition d’une large partie du clergé et des milieux traditionalistes.
Les responsables du cinéma iraniens affirment vouloir donner une plus large place aux femmes, tout en rejetant «l’image négative» qu’elles ont dans les films occidentaux. Dix-huit ans après le renversement du Chah, «la révolution est arrivée à un âge où l’on peut oser évoquer ce genre de choses», a indiqué M. Nader Talebzadeh, cinéaste formé à Hollywood et l’un des organisateurs du séminaire.
Pourtant, aujourd’hui encore les directives sont formelles: une femme ne peut toucher un homme dans un film, même si ce dernier est censé être son mari, être filmée de près ou encore apparaître à l’écran sans voile, même dans son lit.
«Nous devons briser les tabous et rejeter en même temps l’image de la femme marchandise dans le cinéma occidental contemporain», a ajouté Mme Hachémi, qui est également la fille aînée du président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani.
«Je n’aurais jamais pensé que mon article soit accepté», a affirmé de son côté Mme Cathrine Breillat, cinéaste française, dont l’exposé controversé sur certains passages du film japonais «l’empire des sens» a été à la limite de ce qu’on pouvait imaginer entendre en Iran sous le régime islamique.


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