En fait, note le journaliste «vétéran» du conflit, Eamonn McCann, l’idée constamment exprimée «n’est pas tant qu’une percée est espérée après les élections, mais plutôt qu’aucun mouvement n’est attendu d’ici-là». Sur ce point, chacun est d’accord.
Pour Gerry Adams, aucun progrès n’est possible avant le scrutin, car «éléments et conditions ne sont pas en place» pour qu’aboutisse l’initiative de paix Hume-Adams avortée en décembre.
Pour David Trimble, leader du Parti unioniste d’Ulster (UUP), «il n’y a plus assez de temps» d’ici aux élections pour un progrès aux négociations multipartites de Stormont sur l’avenir de l’Ulster.
A Stormont, se désole le Parti de l’alliance (interconfessionnel), la «paralysie électorale s’est déjà installée». Notamment chez les unionistes, convaincus que la moindre concession à l’axe Dublin-nationalistes se paiera cher en voix protestantes.
Car c’est bien à Stormont que résident les causes de l’immobilisme, entre des positions restant irréconciliables, ce qu’une élection ne changera pas: unionistes qui cherchent dans un règlement à ancrer la position de l’Ulster au sein du royaume, nationalistes qui veulent y graver un accès à une Irlande unifiée.
Marge étroite
Certes, l’arithmétique à Westminster participe depuis un an à l’immobilisme. Les neuf députés UUP, au vote crucial pour le gouvernement Major, sont tentés d’user de cette menace pour obtenir des concessions (bœuf nord-irlandais, taxes d’aéroport, pêche, retard de la commission de contrôle des parades).
Cette dépendance se perpétuera si le futur gouvernement, Blair ou Major, est nanti d’une faible majorité. Mais même un gouvernement fort aurait une marge de manœuvre étroite. Il ne pourrait pas, par exemple, assouplir tout de go les conditions d’entrée du Sinn Fein à Stormont, sous peine de voir UUP et DUP indignés quitter les pourparlers.
D’ailleurs, le prudent Tony Blair s’est bien gardé d’abaisser la barre pour l’admission du Sinn Fein, fixant la condition à un cessez-le-feu de l’IRA «sans équivoque, et appuyé par des actes prouvant qu’il est authentique». Du Major dans le texte.
En outre, si elles sont anticipées à mars ou avril, les élections britanniques seront suivies d’élections locales en Ulster en mai, d’où une crispation continue, peu propice aux compromis, des partis nord-irlandais.
La saison des marches protestantes battra son plein peu après ces mêmes parades dont les violences avaient, l’été dernier, paralysé la province, avant une suspension des pourparlers pendant un mois et demi.
Enfin, l’expérience d’élections passées suggère que l’Irlande du Nord ne sera pas un thème de campagne.

