S’étendant sur la politique étrangère comme il ne l’avait jamais fait jusqu’ici dans un discours sur l’état de l’Union, le président Clinton s’est prononcé cette année en faveur d’une présence et d’une diplomatie résolument actives des Etats-Unis dans le monde.
Devant le Congrès, Bill Clinton a énuméré à cet effet six objectifs pour la politique extérieure américaine, dont le premier est celui d’«aider à bâtir, pour la première fois, une Europe unie et démocratique».
«Pour cela, nous devons élargir l’OTAN d’ici à 1999», a déclaré le président américain tout en prenant soin de souligner qu’il fallait, parallèlement, «édifier un partenariat stable» entre l’Alliance atlantique et «une Russie démocratique».
Le président Clinton a réitéré là les deux axes fixés par son administration en la matière: annoncer l’élargissement de l’OTAN au sommet de Madrid les 8 et 9 juillet, en venant à bout des réticences russes, et convaincre Moscou de signer une Charte de sécurité avec l’Alliance atlantique.
Mais le premier ministre russe, Viktor Tchernomyrdine, arrivé mercredi à Washington, vient de réitérer l’opposition déterminée de son pays à une telle ouverture de l’OTAN en direction de plusieurs pays de l’Europe centrale.
Après l’Europe, l’Asie. «L’Amérique doit regarder vers l’Est autant que vers l’Ouest. Notre sécurité l’exige», a lancé Bill Clinton en plaidant en faveur d’une «communauté de coopération, pas de conflit» en Asie et dans le Pacifique.
Il a souhaité que les pourparlers de paix avec la Corée du Nord puissent avancer, avant de s’étendre un peu plus longuement sur la Chine, avec laquelle «nous devons poursuivre un dialogue plus approfondi, au nom de nos intérêts et de nos idéaux».
Bill Clinton a confirmé à l’occasion qu’il comptait se rendre en Chine et aussi accueillir le président chinois Jiang Zemin aux Etats-Unis. Ces deux visites devraient avoir lieu en 1998.
Défis communs
Le président américain a répété au passage son analyse, selon laquelle une «Chine isolée n’est pas bonne pour l’Amérique» et que le développement des contacts avec Pékin permettrait au contraire de faire face «aux défis communs comme la fin des essais nucléaires» ou encore d’évoquer «franchement les différences fondamentales comme les droits de l’homme».
Le président américain a ensuite plaidé en faveur d’une présence active des Etats-Unis dans le monde, en particulier dans le domaine commercial, pour conquérir de nouveaux débouchés dans le cadre de l’«économie globale».
Il a demandé à cet effet au Congrès de lui accorder les pouvoirs nécessaires («fast track») pour conclure de «nouveaux accords commerciaux» de libre-échange avec des pays d’Asie et d’Amérique latine.
Mais les Etats-Unis doivent aussi, a-t-il dit, continuer de contribuer activement au règlement des conflits régionaux de par le monde.
«L’Amérique doit continuer d’être une force inlassable pour la paix, du Moyen-Orient à Haïti, de l’Irlande du Nord à l’Afrique», s’est-il exclamé en invitant le Congrès à continuer d’exprimer son «soutien ferme» aux troupes américaines de l’OTAN en Bosnie. «Grâce au leadership américain, les tueries ont cessé en Bosnie», a souligné Bill Clinton.
«Prendre des risques raisonnables pour la paix nous permet d’éviter d’être entraînés par la suite dans des conflits beaucoup plus coûteux», a-t-il relevé encore à l’adresse du Congrès, dirigé par les républicains qui ont souvent manifesté leur réticence devant les opérations de maintien de la paix à l’extérieur.
Le mandat de la force de l’OTAN en Bosnie prend fin mi-1998.
Le président Clinton a lancé aussi un autre appel, en direction du Sénat cette fois-ci, pour qu’il ratifie la Convention sur les armes chimiques, qui entrera en vigueur le 29 avril.
Cette Convention suscite encore des divisions au Sénat et les Etats-Unis ne pourront pas participer au mécanisme d’application du traité s’ils ne l’ont pas ratifié à cette date.
Bill Clinton a enfin souligné en direction des parlementaires que les Etats-Unis se devaient de régler ses arriérés auprès de la Banque mondiale ou des Nations Unies «en cours de réformes» pour avoir une diplomatie à la hauteur de ses ambitions.
Les Etats-Unis doivent 1,3 milliard de dollars à l’ONU, selon les chiffres des Nations Unies. Ils ont promis récemment de rembourser leurs arriérés à condition que l’organisation internationale engage de profondes réformes.

