Opéré d’un quintuple pontage coronarien il y a bientôt trois mois, le chef de l’Etat a contracté ensuite une double pneumonie qui l’a contraint à se faire hospitaliser, puis à entrer dans une période de convalescence d’une durée indéterminée.
Même s’il continue, de sa résidence de Gorki-9, à signer décrets et directives, il a dû annuler plusieurs rendez-vous diplomatiques, dont un sommet des chefs d’Etat de la CEI et une rencontre avec la présidence néerlandaise de l’Union européenne.
Arguant de sa santé défaillante, l’opposition parlementaire communiste a tenté la semaine dernière de lancer une procédure de destitution à son encontre. Grâce à l’habileté d’Alexandre Chokhine, premier vice-président de la Douma et membre du parti pro-gouvernemental «Notre Maison Russie», cette initiative a avorté.
S’il est vrai qu’elle était vouée à l’échec, elle a eu au moins le mérite «de provoquer un débat sur la capacité du chef de l’Etat à diriger le pays», reconnaissent ses initiateurs.
«Les communistes se préparent pour le jour J. Et aussi le parti du pouvoir, bien sûr», relève Vitali Trétiakov, rédacteur en chef et éditorialiste du quotidien d’opposition libérale «Nezavissimaïa Gazeta».
Les scénarios envisagés dans les cercles politiques sont des plus variés, du rappel de l’héritier impérial afin d’instaurer une monarchie constitutionnelle au passage à un régime parlementaire en passant par le transfert des pouvoirs présidentiels à un Conseil d’Etat dirigé par Boris Eltsine, puis, le cas échéant, le premier ministre Victor Tchernomyrdine.
A en croire la chaîne de télévision NTV, proche des cercles décisionnels, il serait même envisagé d’amender la constitution de telle sorte que ce dernier puisse, si nécessaire, assurer l’intérim du pouvoir jusqu’aux élections de l’an 2000.
Conformément à la loi fondamentale, le président peut, en cas d’incapacité prolongée, remettre ses pouvoirs au chef du gouvernement, à charge pour ce dernier d’organiser de nouvelles élections dans les trois mois. Mais aucun texte ne dit comment doit s’effectuer ce transfert de prérogatives.
Pour le politologue Alexeï Kara-Mourza, du Centre d’études théoriques des réformes russes, «l’élite nationale a peur des conséquences qu’entraîneraient de nouvelles élections, notamment d’une éventuelle victoire d’Alexandre Lébed».
«De là toutes ces idées qui sont dans l’air et qui n’ont qu’une seule finalité: préparer l’opinion publique au fait qu’il n’y aura pas de scrutin si Boris Eltsine devait, volontairement ou non, abandonner le pouvoir», a-t-il déclaré.
A en croire les sondages d’opinion, Alexandre Lébed pourrait l’emporter si des élections avaient lieu prochainement.
Limogé de son poste de secrétaire du Conseil de sécurité, en octobre, le général Lébed n’est pas un homme du sérail, même si Boris Eltsine s’en est servi pour conforter sa victoire cet été.
Pour Alexeï Kara-Mourza, la classe politique et financière pourrait se satisfaire d’une «variante médiane» consistant à réinstaurer la fonction de vice-président, jadis occupée par Alexandre Routskoï, l’un des meneurs de la fronde parlementaire d’octobre 1993, et supprimée en décembre de la même année.
Pour l’heure, l’intéressé ne semble pas décidé à céder le pouvoir ou à abandonner certaines de ses prérogatives. Selon Interfax, le discours qu’il entend prononcer fin février devant les deux chambres du Parlement serait notamment consacré à la remise en ordre de l’appareil de l’Etat.

