«Je crois que les Nations Unies doivent nommer quelqu’un» alors que la crise aux frontières orientales du Zaïre n’est pas réglée et qu’il y a encore «beaucoup de suspicion» entre les chefs d’Etat de la région qui comprend le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, la Tanzanie et le Kenya, a dit M. Annan.
En réponse à une question, M. Annan a indiqué que le diplomate algérien Lakhdar Brahimi, qui a déjà effectué de nombreuses missions délicates pour l’ONU «pourrait» être cet envoyé spécial pour une «mission exploratoire» dans la région des Grands Lacs.
«J’ai discuté de cela avec le secrétaire général sortant, Boutros Boutros-Ghali», a dit M. Annan.«En premier lieu, on nommera quelqu’un qui va visiter la région pour discuter avec les chefs d’Etat et, après cela, on décidera comment il faut procéder pour préparer» une éventuelle conférence internationale, a-t-il ajouté.
La conférence doit être «bien préparée. Cela doit être bien géré, parce qu’il y a beaucoup de suspicion entre les chefs d’Etat. Je suis pour la conférence, mais elle doit être préparée soigneusement», a dit le nouveau secrétaire général.
A propos de M. Brahimi, qui a déjà effectué, pour le compte de l’ONU, des missions en Afrique du Sud, en Haïti et au Yémen notamment, M. Annan a dit que c’était «un homme très compétent, très capable». Il est «possible» qu’il soit nommé envoyé spécial pour les Grands Lacs. «On n’a pas encore pris de décision. Je vais parler avec lui. Je sais que, le mois dernier, M. Boutros-Ghali était en contact avec lui».
Mission exploratoire
Kofi Annan a insisté sur le caractère «exploratoire» de toute mission qui serait confiée à un nouvel émissaire. Comme on lui disait que le Canadien Raymond Chrétien venait d’effectuer une mission dans la région au nom de l’ONU, le nouveau secrétaire général a rappelé que ses navettes s’étaient déroulées «au plus fort» de la crise des réfugiés, en novembre/décembre 96.
On doit maintenant décider si le problème des Grands Lacs doit être suivi sur place, avec une équipe de l’ONU dans la région, ou depuis le siège de New York, a-t-il indiqué.
M. Annan a, par ailleurs, été interrogé sur le Soudan et le Nigeria. Le Soudan est menacé de nouvelles sanctions par les Nations Unies en raison d’accusations de terrorisme, liées à la tentative d’assassinat du président égyptien Hosni Moubarak en juin 1995 à Addis Abeba.
Comme on demandait au nouveau secrétaire général s’il était d’accord avec l’approche américaine qui consiste à utiliser l’arme de l’embargo pour affaiblir un régime, il a aussitôt répondu que la question des sanctions était «controversée dans de nombreux milieux».
Dans le même temps, a-t-il dit, «c’est peut-être l’un des seuls vrais instruments dont dispose l’ONU. Cette arme doit être utilisée de manière judicieuse».
A propos du Nigeria, M. Annan a dit qu’il y avait actuellement «beaucoup de pressions et d’encouragements» pour obtenir des concessions de la part du régime militaire de Lagos à propos des dissidents emprisonnés dans le pays, dont Moshood Abiola. Le Commonwealth a pris la tête du mouvement, mais «c’est l’un des sujets sur lesquels je vais devoir me pencher», a-t-il indiqué.
Comme on lui demandait s’il allait être actif à propos du Nigeria, M. Annan a répondu qu’il allait être «assez actif sur tous les conflits africains, mais pas au détriment d’autres crises dans le monde».

