Le mois de jeûne de Ramadan est la saison préférée des trafiquants, qui mettent les bouchées doubles. Les aéroports séoudiens ne désemplissent pas de fidèles venant notamment du Pakistan et d’Afghanistan pour accomplir la «omra» (petit pèlerinage) à La Mecque.
Rien qu’à l’aéroport international de Djeddah, sur la mer Rouge, quelque 5.000 pèlerins, en tenue d’«ihram» (tissu blanc et non cousu), arrivent chaque jour par une cinquantaine de vols.
Pour les trafiquants, cette tenue est un subterfuge idéal pour tenter de tromper la vigilance des policiers.
Selon un douanier, de Corans évidés et remplis de drogue, des chapelets dont les grains renferment des stupéfiants, des tapis imbibés d’héroïne ou de cocaïne, ont été saisis ces dernières années.
Le 20 janvier, dix-neuf Pakistanais, dont trois fillettes, étaient visiblement fatigués et avaient une démarche pénible en descendant à l’aéroport, ce qui a éveillé les soupçons des douaniers, a raconté cet agent.
La fouille, menée par un médecin et des infirmières, a permis l’extraction de 44 «œufs» en plastique, introduits dans le corps notamment à travers l’anus ou le vagin, et contenant au total 4,5 kilogrammes d’héroïne.
Anem, 5 ans, abritait deux œufs, soit 71,5 grammes d’héroïne. Mushrafah, 8 ans, transportait trois œufs contenant 109,8 grammes, et Nargis, 13 ans, quatre spécimens, soit 152,7 grammes du même stupéfiant. Les trois fillettes étaient visiblement exténuées.
Sur les six femmes appréhendées, deux étaient enceintes. Une autre, Anis 38 ans, abritait un œuf aussi gros que celui d’une autruche.
L’opération d’extraction a duré deux jours.
Récompenses
officielles
«Il s’agit de la plus importante saisie du genre en 1997», a précisé M. Souleiman Mahmadi, haut responsable au département de sécurité et des passagers à l’aéroport.
«Il nous est arrivé de saisir plus de dix kilogrammes sur un seul trafiquant, mais ce n’est pas la première fois que les marchands de mort tentent d’introduire du poison dissimulé dans le corps d’enfants», a déclaré M. Mahmadi. Et d’ajouter: «Sous d’autres cieux, des cadavres de bébés, bourrés de stupéfiants, ont été utilisés par des trafiquants sans scrupules».
«Les trafiquants inventent chaque fois de nouveaux procédés, mais nous sommes vigilants. Les succès remportés par l’Arabie Séoudite en matière de lutte contre ce trafic ont amené l’Organisation mondiale des douanes à placer à Ryad son bureau régional pour le Moyen-Orient. Il est chargé de faciliter la collecte d’informations sur le trafic de drogue dans les douanes», a-t-il dit.
Les trafiquants, les distributeurs et les consommateurs de drogue sont passibles depuis 1987 de la peine de mort en Arabie Séoudite qui applique rigoureusement la «charia» (loi islamique). En 1995, au moins 191 trafiquants ont été exécutés.
Sur les visas d’entrée des pèlerins, les autorités séoudiennes inscrivent un avertissement soulignant que «l’introduction de drogue dans le royaume est sanctionnée par la peine capitale».
Les grands coups de filet sont généralement récompensés par le ministre de l’Intérieur, le prince Nayef Ben Abdel Aziz.
En juin dernier, il avait offert une récompense de 53.000 dollars et une voiture à un Séoudien ayant aidé à démasquer des trafiquants, selon la presse.

