Cette décision va à l’encontre des mesures prises par le gouvernement en mai 1995, obligeant les exportateurs à rapatrier toutes leurs devises et à les changer en Iran au taux officiel de 3.000 rials pour un dollar, soit les deux-tiers du taux parallèle.
Ces dispositions visent à empêcher la fuite des capitaux et contenir l’effondrement du rial par rapport aux monnaies fortes. Elles ont par contrecoup entraîné l’industrie du tapis persan, seconde source de revenus du pays à l’export après le pétrole, dans une crise profonde.
Les ventes de tapis à l’étranger ont ainsi plongé de 1,7 milliard de dollars en 1994 à quelque 400 millions de dollars en 1996, entraînant un chômage massif dans un secteur traditionnel qui a employé jusqu’à sept millions de personnes.
Le puissant bazar (commerce traditionnel) du tapis, qui finance largement les milieux conservateurs, fait depuis des mois une guerre incessante au gouvernement pour qu’il lève toute entrave à l’exportation.
Un parlementaire conservateur, Mohammad-Reza Bahonar, a récemment mis en garde contre le risque pour l’Iran de perdre le rang sur le marché mondial du tapis «qu’il a acquis en s’accrochant bec et ongles».
«Il nous faudra probablement plus de dix ans pour retrouver notre place à cause de la politique hasardeuse du gouvernement», a-t-il déclaré au journal «Akhbar».
Un autre député conservateur, Habibollah Asgarolad, qui dirige une fondation charitable officielle, a déclaré que son institution, qui emploie de nombreux artisans du tapis, souffrait de cette crise.
Le gouvernement a déjà partiellement cédé l’été dernier, en laissant plus de temps aux exportateurs pour rapatrier leurs devises, et en leur permettant d’utiliser 30% de leurs capitaux en monnaies étrangères pour importer des matières premières.
Le gouverneur de la Banque centrale, Mohsen Nourbakhch, a vivement critiqué le Parlement en déclarant que les mesures votées «allaient créer plus d’incertitudes que d’encouragements à exporter les tapis».
«Les acheteurs étrangers ne seront plus capables de planifier leurs commandes et nos exportateurs ne pourront plus compter sur un marché à long terme», a-t-il dit.
Proche du président Ali Akbar Hachémi-Rafsandjani et l’un des chefs de file de l’aile moderniste du pays, le gouverneur de la Banque centrale est depuis longtemps la bête noire des conservateurs, qui ont par le passé bloqué sa nomination comme ministre des Finances.
M. Nourbakhch a reçu le soutien de l’autre extrémité de l’éventail politique iranien, par la voix du journal Jomhouri-Islami, proche des intégristes, qui a estimé que la décision du Parlement faisait la part belle aux riches, et «sapait» la politique gouvernementale de stabilisation des changes.
«Alors que le Majlis devrait favoriser les démunis, de telles mesures ne font qu’enrichir les riches et appauvrir les pauvres», selon le journal.


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