La Chine a usé le 10 janvier de son droit de veto pour empêcher l’adoption d’un projet de résolution autorisant l’envoi de casques bleus au Guatemala, en représailles contre le soutien de ce pays à Taïwan.
Le représentant de Pékin à l’ONU, M. Qin Huasun, n’avait pas caché que son veto n’était pas dirigé contre la mission des casques bleus, mais était destiné à punir le Guatemala pour ses liens diplomatiques avec Taïwan.
L’ambassadeur du Guatemala au Canada, M. Francisco Villagran de Leon, dans une lettre publiée par le «New York Times», a accusé Pekin d’avoir abusé de son pouvoir en faisant usage de son droit de veto pour une affaire qui n’était pas liée à la question examinée par le Conseil.
Pour M. Villagran, cet incident pourrait être utilisé comme argument contre les propositions visant à élargir le nombre des membres permanents du Conseil de Sécurité.
Des diplomates onusiens travaillent depuis trois ans, au sein d’un groupe ouvert aux 185 membres de l’ONU, sur la question de l’élargissement du Conseil, qui compte actuellement 15 membres. Mais des divergences persistent précisément sur la question de savoir si les nouveaux membres permanents devraient disposer ou non d’un droit de veto.
Le Japon et l’Allemagne, dont la candidature est soutenue par la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis (membres permanents du Conseil avec la Chine et la Russie), insistent sur le maintien du plein droit de veto.
Cependant, si la Grande-Bretagne et la France s’accordent pour estimer que les nouveaux membres permanents, dont pourraient faire partie deux ou trois pays en développement, devraient disposer de ce droit, les Etats-Unis, eux, s’opposent à ce que le droit de veto soit étendu aux pays du tiers monde.
«Pouvez-vous imaginer que Washington accepte que le droit de veto soit accordé à un pays comme l’Inde, qui pourrait bloquer la politique étrangère des Etats-Unis?», demande un diplomate.
Une autre option est soutenue par les pays non-alignés, qui se prononcent en faveur d’une démocratisation du Conseil et proposent son élargissement, en même temps cependant qu’une limitation du droit de veto.
Les partisans de cette solution, notamment la Malaisie et le Pakistan, estiment que le droit de veto est un anachronisme datant de la guerre froide.
Mais les cinq membres permanents du Conseil jugent cette proposition négative et refusent de renoncer à leur droit.
Quant au représentant russe, M. Serguei Lavrov, il a noté au cours d’une réunion du groupe de travail que le recours au droit de veto avait progressivement diminué ces dernières années.
Cependant, en pratique, une simple menace de veto est généralement suffisante pour obtenir des concessions de la part des autres membres permanents. La Russie et la Chine avaient utilisé cette menace ces derniers mois à propos de questions concernant Haïti et l’Irak.

