Le secrétaire au logement Dominic Wong a brandi cette menace mercredi en présentant les mesures antispécultatives décidées par les professionnels de l’immobilier eux-mêmes. Ces dispositions visent à limiter l’intervention des sociétés dans l’achat des logements vendus sur plan, pour protéger les particuliers qui achètent pour se loger.
Les mesures visent tout particulièrement les sociétés-écran qui alimentent la spéculation en rachetant les droits de souscription de logement attribués à des particuliers dans les tirages au sort organisés par les promoteurs. Ces loteries, qui attirent des foules considérables, sont une caractéristique du marché immobilier de Hong-Kong.
«Si l’application volontaire de ces mesures par les promoteurs n’aboutit pas à l’objectif recherché, nous n’hésiterons pas à agir pour rétablir le fonctionnement normal du marché», a affirmé M. Wong devant le Conseil législatif (Legco), le Parlement de Hong-Kong.
Des dispositions contre la spéculation introduites en avril 1994, au plus fort du précédent boom immobilier, avaient provoqué dans les 18 mois suivants une baisse des prix de l’immobilier de 26%, a rappelé M. Wong.
Mais ils sont aujourd’hui à nouveau proches des sommets de 1994.
Après une très forte hausse de 1996, ils atteignent des niveaux pouvant rendre insolvables les candidats au logement, à l’exception des «super-riches». La spéculation, qui touchait jusqu’à présent les appartements de luxe, menace de s’étendre au «marché de masse», où est logée la classe moyenne. Plus de la moitié de la population, à revenu modeste, habite dans les HLM construits par le gouvernement.
Au cours d’une adjudication organisée par le gouvernement mercredi, le groupe Eton Properties Ltd. l’a emporté sur une demi-douzaine de promoteurs en acceptant de payer 230 millions de dollars Hong-Kong (30 M USD) pour un terrain constructible de 2.000m2 à Repulse Bay, un des quartiers «chics» du sud de l’ïle de Hong-Kong.
Pour dégager un bénéfice raisonnable, le promoteur devra vendre le m2 construit quelque 250.000 dollars HKG (près de 32.000 USD), selon un spécialiste.
Le principal moteur de la spéculation immobilière à Hong-Kong est la relative rareté des terrains constructibles dans les sites résidentiels proches des centres d’activité, l’île de Hong-Kong et la presqu’île de Kowloon.
Le gouvernement s’est défendu mercredi de freiner la mise sur le marché des terrains disponibles.
«Au cours des cinq dernières années, a dit M. Wong, nous avons libéré 145 hectares pour la construction de logements privés et dans les cinq ans à venir, nous mettrons en vente 260 hectares, progressivement et de manière ordonnée».
Une partie de ces terrains viendront d’opérations de comblement du port de Hong-Kong, avec la fermeture de l’aéroport de Kai Tak à Kowloon, remplacé en 1998 par celui de Chep Lap Kok sur l’île plus excentrée de Lantau.
Mais les opérations de remblaiement, qui sont accusées de défigurer l’un des sites urbains les plus spectaculaires de la planète, ne sont pas extensibles à l’infini.
De plus, le retour du territoire sous souveraineté chinoise le 1er juillet confirmera les accords en vigueur qui autorisent l’immigration à Hong-Kong chaque année de 50.000 Chinois du continent. Une population qu’il faut loger et fournir en équipements collectifs.

